Justin Tang/La Presse canadienne Justin Trudeau

L’histoire commence ainsi : Gerald Stanley, un fermier de la Saskatchewan, tue Colten Boushie, un jeune Cri, alors assis sur le siège du conducteur d’un véhicule roulant sur le terrain de Stanley.

Évidemment accusé de meurtre au deuxième degré, ce dernier plaide la thèse de l’accident. Le coup, de nous dire son avocat, serait parti «tout seul», c’est-à-dire sans que l’accusé appuie lui-même sur la gâchette. Bon.

Le procès débute fin janvier. Fatigue d’entrée de jeu. Des 12 jurés sélectionnés, aucun n’est d’origine crie ou encore autochtone. Tous, plutôt, sont de race blanche. À la Louis Riel.

Le verdict, rendu vendredi soir dernier, est une sacrée mauvaise nouvelle pour les parents et amis de la victime : Gerald Stanley est acquitté. Libre comme l’air. Boum.

Sans surprise, et comme dans toutes les histoires d’acquittement du genre, l’affaire va susciter un important tollé. Peu de temps après la tombée du verdict, le chef de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, dénonce avec véhémence le racisme systémique du système judiciaire canadien. On comprend, bien entendu, la déception, exprimée également par la tenue de manifestations organisées sous le thème de «Justice for Colten : Days of Action».

Jusque-là, rien d’anormal. Et, au risque de se répéter, on peut, voire doit, nécessairement compatir avec les proches du défunt, que celui-ci ait été victime d’un accident ou d’un pur assassinat.

Cela étant dit, l’affaire prend rapidement une autre tangente. Fort dangereuse celle-là. Pour la séparation des pouvoirs. Pour l’État de droit.

Commentant à chaud (ou est-ce à froid?) le verdict, le premier ministre Justin Trudeau y va de la déclaration, surprenante, suivante: «Je ne commenterai pas le processus qui nous a menés ici aujourd’hui. Mais je dirai que nous avons atteint ce point beaucoup trop souvent en tant que pays. Les Autochtones du pays sont en colère et ont le cœur brisé. Et je sais que les Canadiens, qu’ils soient Autochtones ou non, savent que nous devons faire mieux.»

Eh ben. Faire mieux? Ah. Genre? Condamner quelqu’un qui, selon la preuve analysée par un jury évidemment unanime, ne méritait pas de l’être? Il était là, au procès, Trudeau? Il a vu cette preuve? Il sait, hors de tout doute, que l’acquittement tient strictement du fait du blanc jury?

Dans la même veine, sa ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, balance: «En tant que pays, nous pouvons et devons faire mieux. Je m’engage à travailler tous les jours pour assurer la justice pour tous les Canadiens.»

Re-ah bon. Parce que justice n’a pas été rendue, madame la ministre? Pourquoi et comment, svp? Et vous travaillez tous les jours pour assurer une meilleure justice, c’est vrai? Bien. Possible maintenant de voir un quelconque résultat? Parce qu’en deux ans, disons que… Et j’oubliais : c’est évidemment d’un autre niveau, mais il serait bon de prononcer deux ou trois petits mots de français au cours de votre prochain discours officiel. Un baume au coeur d’un des trois peuples fondateurs. Une autre forme de justice. Just sayin’. Thank you.

Mais bon, je m’égare. La morale de cette affaire? Que les politiciens doivent cesser toute ingérence dans le processus judiciaire. Parce que cela discrédite inutilement l’une des rares institutions ayant échappé, jusqu’à récemment, au cynisme citoyen. Parce qu’une telle sortie gouvernementale peut influencer le processus d’appel, au point où un arrêt des procédures contre Stanley est maintenant envisageable (belle avancée). Parce que, si une ministre de la Justice a une réforme à instaurer, par exemple pour s’assurer d’une représentativité autochtone dans un jury (excellente idée, par ailleurs), eh bien, qu’elle le fasse, sans la classique phrase creuse qui caractérise trop souvent ce cabinet aux allures de boîte de PR. Parce que, si la mascarade se poursuit, on finira par conclure à l’instauration, à l’échelle fédérale, d’un méprisable populisme de gauche…

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