Lire les commentaires sur l’acquittement des accusés dans l’affaire du Faubourg Contrecœur? Lourd, sérieux. Et encore davantage inquiétant. Des gens que je respecte d’ordinaire sur les médias sociaux y sont allés de commentaires pour le moins… déstabilisants. La théorie du grand complot. Un juge de connivence avec les accusés, du fait qu’il a été nommé par les libéraux. Même chose pour les enquêteurs de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), lesquels auraient présenté une preuve bâclée afin de faire innocenter leurs amis. Idem pour les procureurs du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), embauchés, ai-je aussi appris, par le Parti libéral du Québec. Couillard lui-même, probablement.

La preuve que le système de justice est corrompu jusqu’à la moelle, me confirme-t-on. Parce qu’évidemment, même si aucun bougre n’a vu les 600 pièces de documents déposées en preuve et analysées par le juge (un ex-procureur de la Couronne!) ou entendu les 63 témoins, il est clair que les 6 accusés étaient coupables. Comment pourrait-il en être autrement?

D’autres m’écrivent, sous le sceau de la confidence: «Vous pensez qu’ils sont innocents, c’est ça?» Non, Monsieur X. En fait, je ne pense rien. Sinon que je fais confiance à la justice. Débile à ce point.

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Pas de farce, à vous voir aller, ces jours-ci, il est à se demander pourquoi se les casser avec le système judiciaire. Si, au moindre soupçon, le bougre est condamné à l’avance par la vindicte populaire, à quoi bon?

Et comment en est-on arrivé là? La somme d’une tonne de facteurs, je crois bien. Une érosion lente et sûre de la confiance du public envers son système de justice. La faute des avocats et autres juristes? En partie, oui. Parce que, malgré les efforts de certains organismes de vulgarisation et d’accès à la justice, disons qu’il en reste pas mal à faire. Et peu nombreux sont les avocats, par exemple, qui daignent discuter d’enjeux juridiques «avec le peuple», notamment sur les réseaux sociaux. «Le monde est trop cave! Comment tu fais? T’es trop patient!» Sûrement. Mais que faire d’autre?

Autre facteur: les attaques répétées contre l’État de droit dans divers médias, balles reprises au bond par le politique. Certains chroniqueurs présentent maintenant «l’idéologie des droits» comme la nouvelle plaie d’Égypte. D’autres y vont de projets de Charte des valeurs ou de test des valeurs, sachant bien évidemment leurs trucs parfaitement inconstitutionnels. Idem des assauts musclés afin de discréditer le judiciaire. Le gouvernement Harper laissant entendre qu’il ne respecterait possiblement pas une décision de la Cour suprême ordonnant le rapatriement de Khadr, par exemple. Ou encore un ministre Drainville qui lance, lors d’une discussion privée avec un ami : «On s’en crisse, des tribunaux! Fini, le gouvernement des juges!» Au sud de la frontière? Un Trump qui, après avoir vu sa mesure anti-musulmane être invalidée par un tribunal, y va d’un «a so-called judge decided that…»

Parfois, remarquez bien, la mauvaise foi n’y est pour rien. Il y a seulement une méconnaissance de certains concepts fondamentaux, dont la séparation des pouvoirs. Dans une chronique récente publiée dans Le Soleil, l’ex-ministre Yves-François Blanchet écrivait: «Les juges et les tribunaux ne sont pas les patrons des parlements élus. Ils en sont les instruments.»

I need a drink.

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