Ryan Remiorz/La Presse canadienne Jean-François Lisée

On l’a vu manifestement nerveux en début de débat, lui qui pourtant menait assurément la meilleure campagne à ce jour. Curieux, me dis-je. La faute du dernier sondage CROP?

Dès les premiers mots prononcés, agressifs, vindicatifs et plus ou moins éloquents, on sent tout de suite qu’un truc ne tourne effectivement pas rond. Et là, boum: « Qui est le véritable patron, à Québec solidaire, madame Massé?!?». Déjà que la question était franchement curieuse, vu le débat engagé sur la…santé, le tout est devenu minimalement malaisant lorsque celle-ci fut répétée tel un mantra ou incantation magique digne d’Harry Potter.

Ça y est, Lisée vient de sauter un câble, de penser plusieurs, alors que le modérateur Bruneau, lui, se fendait en quatre afin de ramener à l’ordre l’apprenti sorcier.

J’ai alors eu un flash suivant: wow minute. Pas vrai qu’un gars méthodique comme le chef du PQ, toujours prêt à planter une idée dans la tête de l’électorat, a agi de manière impulsive et impromptue. A fortiori, évidemment, à un moment autant névralgique que celui du débat des chefs. Mais quel spin, alors donc? Deux choses possibles: 1) que Québec solidaire, comme semblent le penser certains, constitue une machination créée de toutes pièces par un Power Corporation de ce monde, ceci afin de diviser le vote indépendantiste et assurer la réélection de son Parti libéral; 2) que ni Nadeau-Dubois ni Massé n’étant chef, une autre personne se doit bien d’être inscrit comme tel au registre du Directeur général des élections, ceci laissant potentiellement croire, à nouveau, à une quelconque force obscure contrôlant les deux marionnettes.

Et pourquoi un coup bas du genre? Parce que Lisée sait fort bien qu’une fausseté bien propulsée vaut mieux que maintes vérités tues. Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose, écrivait la biographe de Voltaire. Imaginez maintenant à l’ère des médias sociaux et autres fake news

L’ancien conseiller des Bouchard et Parizeau est d’ailleurs passé maître dans l’art de donner la jambette au moment opportun. Rappelons-nous simplement l’assez récente campagne au leadership de son parti, où il démarrait bon dernier. La raison de sa victoire? La frime et le coup fourré. Par exemple en jouant à l’épouvantail populaire en annonçant les «dangers» de voir un AK-47 camouflé en-dessous de la burqua, comme ceci se fait apparemment «dans certains pays d’Afrique» (vérification faite par Le Devoir: du gros n’importe quoi).

Parlez-en aussi à Alexandre Cloutier, lui qui fut associé, à tort évidemment, au controversé (pour demeurer poli) Adil Charkaoui. Ceci après, pour ceux qui s’en souviennent, avoir été dénoncé par Lisée, sur la place publique, pour avoir souhaité «bonne fin de ramadan à mes amis musulmans». L’avance de Cloutier, fort considérable, devait ensuite couler comme brique dans l’eau.

Stratégie détestable et impie? Bien entendu. Garante de succès? Pas sûr, QS, au contraire des musulmans, jouissant d’un fort capital de sympathie dans l’électorat.

Reste néanmoins que Lisée joue son va-tout, encore une fois, sur la maxime de Beigbeder: ne jamais prendre les gens pour des cons, mais ne jamais oublier qu’ils le sont.

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