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Elles se terminent quand, tes rénos? DIS?

Bon. Là, à l’instant précis où vos pupilles se jettent sur ce texte comme Daryl Hannah s’élance dans une crique en costume de sirène, vous vous dites certes: «Du calme, ma belle fille.» Vous avez raison. Je me calme à l’instant. J’essaie. Je mords à pleines gencives dans un morceau de caoutchouc en attendant que ça passe. C’est qu’en ce début d’été taquin, j’ai les acouphènes à broil. Je ne puis. Chaque cliquetis, chaque pivoine qui se déploie le pistil en un bruissement de soie et chaque craquement de poutre antique qui cède sous la swing abandonnée d’une masse sont, je vous le confie, à trois décibels de me faire décrocher un rôle dans Vol au-dessus d’un nid de coucou.

Francine Ruel roucoulait sans hésiter que l’été, c’est péché. Force est d’admettre que c’est bruyant en saint-sifri aussi. Dès que le soleil fait rissoler les cuirs, Montréal (et peut-être votre patelin itou) se transforme en petit four à «stimer» les hot-dogs et fait rouler lentement les saucisses, bien lovées dans la vapeur suffocante de leurs ébats et des promesses de carnaval. Il fait chaud. Chaud insoutenable. Chaud «les yeux me brûlent, Suzie». Et comme j’ai bêtement abandonné ce vague projet d’installer un climatiseur au moment précis où j’ai cru l’échapper sur une passante deux étages en dessous, mon unique rédemption réside en la fenêtre ouverte à la grandeur (et le rite maya pour y attirer le mistral). Air climatisé ou pas, au moindre glaçon qui fond, j’ai besoin de m’ouvrir le châssis. De chasser le vieil air et de faire pénétrer à grandes bourrasques les minous blancs du pollen dans mon salon. Respirer. Fenêtres fermées, j’étouffe.

Mais voilà. Qu’importe où je me trouve, au nord, au sud, à l’est ou à l’ouest, impossible de me soustraire à l’assourdissant concert des rénovations d’autrui. TOUT LE MONDE RÉNOVE SON LOGIS.

De nouvelles marches de bois précieux. Un coup de peinture au gun à clous. Fendre de l’étain par ici, ce sera joli. Et hop! Des beams de métal à la grandeur du large pour une pergola minute. Tout le monde rénove son logis. De longues, très lentes et molles rénovations qui s’étirent souvent jusqu’à la Toussaint, parce qu’à quoi bon faire affaire avec des experts quand on peut bizouner un cadre de porte pendant sept ans à toute heure du jour?

Je n’écris pas dans l’envie ni ne jalouse les projets de mon prochain. Mais à l’aube de mon quinzième été à Mont­réal, me voilà, hélas, bourrue.

Les poings se crispent. L’oreille interne bat la chamade, osselets qui revolent de toué bords en implorant une petite pause. Un petit blanc. Le frétillement des feuilles caressées par une brise estivale.

«Déménage en campagne, l’amie.» J’en reviens, justement. Et M. Séguin transformait son patio en chapelle Sixtine sur du Marjo.

Allez, bon été à tous. Profitez bien. Et s’il vous venait l’envie de faire jachère de rénos, de pique-niquer dans l’herbe, de peler une marguerite ou de compter les cloportes en écoutant le temps qui passe, sachez que je vous embrasse au cou.

La bise.

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