Hasan Jamali/Associated Press La majorité chiite du Bahreïn veut briser le monopole du pouvoir de la dynastie sunnite régnante.

Avec le Grand Prix de formule 1, le Bahreïn vient de faire un petit tour de piste dans l’actualité internationale. Dans quelques heures cependant, il cédera sa place à d’autres manchettes de l’étranger. Il ne peut en être autrement: dans la série des «printemps arabes», le minuscule archipel au large de l’Arabie saoudite ne fait pas le poids face à la Syrie, toujours sur les plus hautes marches du podium médiatique.

Pourtant, la révolte dans ce royaume dirigé depuis le XVIIe siècle par la dynastie sunnite des Khalifa est un véritable baril de poudre dans le jardin des monarchies du golfe Arabo-Persique. Ses 700 000 habitants sont aux deux tiers chiites. Ils sont plus tournés vers l’Iran que vers l’Arabie saoudite, qui maintient d’ailleurs des troupes dans le royaume depuis le début des «troubles» il y a 14 mois. Les monarques saoudiens ont froid dans le dos à l’idée que le «printemps bahreïni» (une centaine de morts en un an) gagne le nord de leur royaume, où est concentrée la minorité chiite… et plus de 90 % de l’or noir.

De plus, le second producteur mondial de pétrole (le premier, on l’oublie, est la Russie) craint comme la peste un «croissant chiite» allant de l’Iran au Liban en passant par la Syrie, l’Irak et le Bahreïn. Si l’Arabie saoudite et les autres pétromonarchies réclament le départ de Bachar al-Assad (un alaouite, une branche du chiisme), c’est surtout pour le remplacer par des islamistes sunnites.

Quant aux États-Unis, s’ils se font les chantres de la démocratie en Syrie, ils n’élèvent pas trop leur voix face à la situation au Bahreïn, où est basée la Ve flotte chargée de surveiller le Golfe arabo-persique. Il ne faudrait pas que le royaume implose. Surtout pas en pleine tension nucléaire avec l’Iran.

C’est dans ce contexte qu’a eu lieu le Grand Prix de Bahreïn, «la Formule de sang», selon les opposants au régime du roi Hamad ben Isa Al-Khalifa, accusé de s’intéresser plus à la course automobile qu’aux aspirations de son peuple. Pour mater la rébellion, le royaume vient de recruter John Timoney. L’ancien chef de la police de Philadelphie et de Miami est connu pour ne pas y aller avec le dos de la cuiller quand il faut utiliser poivre de Cayenne et gaz lacrymogène. L’ordre a régné sur le circuit. Le Grand Prix de Bahreïn n’a pas été annulé comme l’an dernier.

Bernie Ecclestone, le grand patron de la F1, l’a encore rappelé : il ne fait pas de politique. Après tout, ses bolides fonçaient à toute vitesse sur les circuits de l’Afrique du Sud quand l’apartheid régentait le pays de Nelson Mandela.

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