Une équipe de policiers du SPVM démantelée pour racisme
Une équipe de 16 policiers du poste de quartier de Montréal-Nord du SPVM a été démantelée pour des gestes teintés de racisme, a annoncé le chef de police Fady Dagher vendredi. Un des événements pourrait même mener à des accusations criminelles.
M. Dagher a convoqué les médias à une conférence de presse tard vendredi pour annoncer les mesures disciplinaires. Sur la quinzaine de policiers, deux ont été suspendus et trois ont été assignés à des tâches administratives. Les autres ont été réassignés à d’autres équipes.
Les gestes qui leur sont repprochés vont des propos désobligeants à de possibles voies de fait. Certains agents auraient coupé des tresses de cheveux de type dreadlocks d’individus qu’ils auraient interpellé.
Les policiers auraient visé principalement des personnes noires et arabes.
M. Dagher n’a pas souhaité commenter ces gestes vendredi, mais il confirme qu’ils font partie des allégations qui sont sous enquête.
La situation est tout à fait inacceptable et je ne vous cacherai pas qu’elle me choque profondément.
Fady Dagher, directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM)
Dénoncés par leurs collègues
Selon le chef de police, la situation a été dénoncée par d’autres policiers du poste de quartier de Montréal-Nord, qui n’en pouvaient plus de voir leurs collègues agir ainsi.
La première plainte a été déposée en mars dernier au Service des affaires internes du SPVM. Jusqu’à présent, les seuls témoignages recueillis proviennent de l’intérieur du corps policier. Aucun des citoyens touchés par les allégations n’a été rencontré par les enquêteurs.
Jeudi, vers midi, M. Dagher aurait reçu une information l’incitant à déposer le dossier au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) pour le dépôt éventuel d’accusations criminelles. L’équipe a ensuite été démantelée vendredi soir à 9h, soit environ une heure et demie avant que la mesure ne soit annoncée publiquement.
Selon le SPVM, les 16 policiers concernés par les allégations sont tous des jeunes hommes avec 3 à 4 ans d’expérience au sein de la police. Ils ont tous été désarmés et aucun n’aura de contacts avec les citoyens, assure Fady Dagher.
La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a également dénoncé le profilage racial et la violence sur les réseaux sociaux.
Mme Martinez Ferrada affirme vouloir accélérer l’implantation de caméras corporelles au SPVM. La mesure faisait partie de sa plateforme électorale cet automne.
Relations tendues à Montréal-Nord
Les relations entre le SPVM et diverses communautés sont souvent tendues, surtout après des interventions menant à des blessures ou à des décès. Les tensions sont particulièrement vives à Montréal-Nord, l’un des arrondissements les plus diversifiés de la ville. C’est notamment là qu’est mort Freddy Villanueva dans un événement qui a mis le feu aux poudres en 2008.
M. Dagher craint que les gestes de ces 16 policiers n’entache la réputation du SPVM.
«J’anticipe qu’il va y avoir une certaine méfiance. D’ailleurs je m’apprête à faire une tournée des communautés et des partenaires», a-t-il dit. Il ajoute toutefois que «ça va être une période difficile.»
Le chef de police souligne que l’enquête n’en est toujours qu’à ses débuts. «Ce n’est probablement pas la fin. Il va sûrement y en avoir d’autres», dit-il.