Samedi dernier, Yanick Poisson, du Journal de Montréal, écrivait un article intitulé «Viol collectif : les trois accusés reconnus coupables d’agression sexuelle». Celui-ci a par la suite fait polémique, et avec raison. Au lieu de se pencher sur les traumatismes de la victime d’un viol collectif violent, M. Poisson a jugé plus pertinent de parler des substances que la victime avait consommées et des «pluies de sanglots» des familles des agresseurs.

Comme plusieurs, je crois aussi qu’on a là encore un bel exemple de culture du viol. Cet article me rappelle l’affaire Brock Turner, l’homme qui a agressé sexuellement une jeune femme ivre derrière une benne à ordures, sur le campus de l’université Stanford. Dans les médias, on dressait un portrait léger de lui, en parlant de «ses traits juvéniles» et de ses exploits en tant que nageur. On ne parle jamais des victimes et des conséquences à long terme du viol sur leur santé mentale. M. Poisson a dit hier à l’animateur de La Matinale, à CIBL, Julien Poirier-Malo, vouloir mettre en lumière la douleur des familles des accusés. Et la douleur des familles des victimes, on en fait quoi? Juste un petit rappel: la culture du viol, c’est «un concept établissant des liens entre le viol (ainsi que d’autres violences sexuelles) et la culture de la société où ces faits ont lieu, et dans laquelle prévalent des attitudes et des pratiques tendant à tolérer, excuser, voire approuver le viol». Souvent, les victimes se font accuser d’être des travailleuses du sexe, d’avoir un témoignage décousu ou de ne pas avoir pris la trousse médico-légale.

Pourtant, dans ce cas-ci, la victime s’est présentée à l’hôpital, a pris la trousse et a porté plainte. Tout ce qu’on exige d’une femme pour qu’elle soit la victime parfaite. Malheureusement, comme dans bien des cas, on a encore tenté de ramener la question de l’alcool pour excuser les crimes.

Les mots qui suivront sont un peu durs à lire. Lorsqu’on parle de culture du viol, ça vient me chercher, car je dois encore vivre avec les traumatismes que celle-ci engendre. Je sais qu’est-ce que ça fait quand tes proches ne te croient pas, parce que ton agression est jugée pas assez violente, ou trop violente pour être vraie. Je sais à quel point c’est dur de se sentir comme un déchet, lorsque les policiers te mettent de la pression pour faire la trousse médico-légale, même si tu n’en as pas envie. On va se le dire: t’as pas envie de te faire insérer des Q-Tips – par un médecin que tu ne connais pas – après t’être fait violer pendant plusieurs heures. T’as pas non plus envie de te faire demander si tu étais en état d’ébriété, parce que, non, je ne mérite pas ça, même étant saoule. Les procédures à la suite d’un viol sont insensibles et ne respectent pas les limites émotionnelles des victimes. Mon cas n’a pas été pris au sérieux par les policiers. C’est correct. J’ai trouvé d’autres moyens de guérir. Ah, et petit conseil : arrêtez d’instrumentaliser les victimes masculines pour étouffer les violences envers les femmes, parce que ça aussi c’est perpétuer la culture du viol.

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