Ce mois-ci, une mise en garde contre le phosphate trisodique, un ingrédient utilisé dans plusieurs marques de céréales populaires, mais aussi dans les diluants à peinture, revient hanter le web.

Cette publication (ou des variantes tout aussi alarmantes) circule un peu partout sur Facebook et, surtout, dans les cercles de pseudo-science-nutritionnelle-homeo-shakra-anti-vaccin:

«General Mills ajoute du poison dans ses céréales. Si vous ne me croyez pas, jetez un coup d’oeil aux boîtes dans votre garde-manger et recherchez l’ingrédient appelé « Phosphate trisodique ». Je ne sais pas pour vous, mais moi, je ne continuerai pas d’ingérer du DÉGRAISSANT, UN PRODUIT NETTOYANT et plus, volontairement.»

Il y avait aussi mon statut préféré: «LE GOUVERNEMENT VEUT NOTRE MORT RAPIDE». Mais ça n’expliquait pas très bien les inquiétudes de plusieurs internautes.

Je ne démentirai pas le fait que plusieurs céréales utilisent du phosphate trisodique – c’est vrai.

Ce que je démentirai, toutefois, c’est la raison de cette paranoïa générale, encore une fois causée par un tas de gens qui n’ont pas pris la peine de vérifier les informations (et les allégations) qu’ils partagent.

Alors: c’est quoi, ça, du phosphate trisodique? «[Il s’agit d’un] concentré utilisé comme produit nettoyant et dégraissant puissant, précise Karine Gravel, nutritionniste et docteure en nutrition. Il est irritant lorsqu’il est concentré. On peut en trouver dans les quincailleries.» 

Vu de même, rapidement, ça peut faire peur sur une liste d’ingrédients. Toutefois, Mme Gravel a vite précisé que lorsqu’il est ajouté à la nourriture, le phosphate trisodique n’a rien de l’ingrédient utilisé dans le diluant à peinture: «[Il] est aussi utilisé comme additif alimentaire et il est autorisé par Santé Canada. La concentration sera beaucoup plus faible».

Comme le notent les vérificateurs de faits du site rigoureux Snopes, le bicarbonate de soude est aussi utilisé dans des produits toxiques. On l’utilise dans les solutions qui servent à éteindre les feux, dans des produits pour nettoyer les objets fabriqués en argent et dans des nettoyeurs industriels. Mais je suis prête à gager que vous en utilisez aussi dans votre recette de biscuits aux pépites de chocolat préférée.

Ces deux ingrédients servent d’agents tampons – des produits chimiques qui servent à contrôler le pH de plusieurs aliments.

On veut contrôler le pH d’aliments plus basiques (qui ont un pH plus élevé), puisqu’ils se conservent moins longtemps que des produits acides. Ils devront donc passer par un processus un peu plus complexe que leurs amis acides pour pouvoir rester frais plus longtemps sur vos tablettes, m’a expliqué Elly Urbassik, finissante en nutrition à l’Université de Montréal, Et, préparez-vous bien, les céréales sont des produits très basiques.

Donc non, ce n’est pas pour «ajouter du poison» à la nourriture de vos enfants.

J’aimerais qu’on se parle maintenant de la paranoïa liée au manque de connaissances scientifiques. Des grands noms qui sonnent bizarres (trisodium, kossé çô?), des listes d’ingrédients qui semblent interminables, des processus de conservation d’aliments qu’on ne comprend pas, des unités de mesure qu’on n’a jamais vues auparavant, ça peut porter à confusion. C’est normal, c’est de l’information qu’il faut savoir déchiffrer. Et c’est un moyen simple pour faire paniquer le plus de gens possible… le plus rapidement possible.

Le professeur de chimie James Kennedy a illustré ce sentiment en énumérant les ingrédients qui se trouvent dans des produits naturels. N’importe quoi peut faire peur, même les «ingrédients» d’une bonne vieille banane tout à fait naturelle (ces affiches ne sont disponibles qu’en anglais, mais je pense qu’on peut quand même comprendre l’essentiel de son point):

Photos – James Kennedy

Sur ce, je m’en vais me servir un gros bol de Cheerios.

Soyez vigilants!


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