Chaque fois que j’entends ou lis le terme «gogauche», les cheveux me dressent sur la tête. Un terme bateau, fourre-tout, péjoratif, qu’on utilise à toutes les sauces en y encapsulant sans discrimination les féministes, humanistes, syndicalistes, socialistes, anarchistes, artistes, multi-culturalistes… Je l’ai récemment vu préfixer ses propres interprétations, en parfait cliché absurde: «gogauche-multiculturaliste-diversitaire-postmoderne-uquamienne»! L’objectif étant d’accoler à l’idée une connotation enfantine afin de la rabaisser et de la ridiculiser. On est bien loin de l’argumentaire rationnel et du débat serein, on est plutôt dans le registre populiste du comique, de la raillerie, de l’humiliation et du mépris.

Décortiquons cette immonde et vile bête: qu’est-ce donc que cette gogauche?

Prenons le temps de réexaminer notre histoire collective moderne. Celle de la gauche, justement. Les luttes des féministes pour le droit des femmes à l’égalité, au vote et à l’avortement. Thérèse Casgrain et Marie Gérin-Lajoie. Les batailles menées par des mouvements ouvriers et les syndicats pour les droits des travailleurs, pour le salaire minimum, les congés maladie, les régimes de retraite et l’assurance emploi. Les conquêtes de la Révolution tranquille, l’œuvre d’artistes, de poètes, de penseurs et de réformistes. Paul-Émile Borduas et Jean Lesage. L’accès de la société québécoise à la modernité laïque. Les victoires des minorités sexuelles contre la discrimination systémique, sociale et institutionnelle. Le droit au mariage et à l’adoption pour les couples de même sexe… Tout ça.

Ce sont là quelques illustrations du rôle qu’a joué et joue encore la gauche dans l’évolution constante de notre société, de notre identité et de notre culture. Des acquis qui constituent nos valeurs fondamentales et qui forgent notre conscience et notre fierté collectives: égalité des sexes, solidarité, laïcité, respect des minorités sexuelles… On oublie souvent qu’ils sont l’aboutissement de décennies de luttes acharnées, de grands sacrifices et de militantisme persévérant de la gauche. Les avancées, en termes de droits et d’égalité, jaillissent souvent de la marge anticonformiste, pagayent à contre-courant, et transforment profondément la société en la faisant progresser vers un idéal juste et égalitaire. C’est ça, la gauche: un progressisme humaniste.

Évidemment, la droite conservatrice et réactionnaire a essayé de freiner le progrès social en s’opposant, par exemple, au vote des femmes, à la laïcisation de l’État et au mariage gai. La droite finit bien souvent par adopter et défendre les acquis de la gauche, une fois ceux-ci enracinés dans le courant dominant de la société, tout en revenant à la charge dès qu’elle en a l’occasion.

La société est en constante oscillation entre les forces progressistes et réactionnaires, entre le changement et le statu quo. C’est humain. Dans une société démocratique, l’équilibre entre ces forces est atteint par le débat libre et la confrontation pacifique des idées. Arrêtons donc de mépriser l’opinion différente. Cessons d’utiliser dans nos débats des termes réducteurs et insolents. Ayons l’humilité d’admettre que personne ne détient la vérité absolue, débattons dans le respect et la politesse, avec les idées et seulement les idées.

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