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S’il y a un département qu’on croirait compétent pour aborder les questions touchant les minorités sexuelles, c’est bien celui de sexologie, non? Pourtant, un groupe d’étudiants et d’ex-étudiants vient de faire paraître une lettre fracassante dans laquelle ils font part de leurs mauvaises expériences en tant que membres des minorités sexuelles au sein de ce département, qui offre la seule formation pour exercer la profession de sexologue au Québec.

Dans cette lettre, le «Collectif des minorités rouspéteuses» dénonce entre autres un enseignement axé sur l’hétérosexualité, un manque de reconnaissance des besoins spécifiques de la communauté LGBT, une absence de réflexion politique (notamment féministe) liée à la sexualité, une formation peu ouverte à la critique, et l’enseignement de théories contestées au sujet de l’orientation sexuelle (les hommes gais efféminés «se vengeraient de la femme en la ridiculisant») ou de l’identité de genre. On dénonce aussi dans cette lettre une forme de «sexopatriotisme» qui empêcherait les membres du département de remettre en question la formation.

Ces reproches, fondés sur des expériences personnelles et faisant l’objet d’interprétations forcément subjectives, ne semblent pas isolés. Un étudiant du département de sexologie m’a déjà fait part – et nous étions tout de même en 2014 – de sa déception de constater que certains professeurs confondaient transexualité et transgenrisme, et inversaient le sens des expressions «femmes trans» et «hommes trans». Que des néophytes aient du mal à s’y retrouver, soit, mais que des membres du corps professoral de «la formation la plus complète sur la sexualité en Amérique du Nord» soient mêlés à ce point, c’est dérangeant.

À La Réclame, association étudiante réunissant les minorités sexuelles, affectives et de genre, on confirme avoir reçu plusieurs plaintes d’étudiants au sujet du département de sexologie, mais aussi en provenance d’autres départements de l’UQAM, dont Sociologie, Psychologie ou Travail social.

Plusieurs professeurs du département de sexologie sont hautement qualifiés pour traiter des enjeux touchant les minorités sexuelles, mais leurs cours portant sur ces questions sont facultatifs. Le seul cours obligatoire ayant trait à la diversité sexuelle et de genre aborde cette dernière en termes de «trouble».

En 2014, l’Ordre professionnel des sexologues du Québec affirmait travailler de pair avec le département de sexologie en vue d’une refonte du programme. Mais la lettre des Minorités rouspéteuses laisse entendre que cette réforme pourrait être davantage motivée par des exigences professionnelles que par une reconnaissance des besoins spécifiques des minorités sexuelles, et craint qu’un changement de culture nécessaire ne soit pas à l’agenda.

L’université est un lieu de savoir, mais également un lieu de pouvoir. Espérons que le département saura entendre les critiques, car il forme les futurs sexologues, qui devraient avoir toutes les compétences nécessaires pour faire face aux problématiques spécifiques des clientèles marginalisées. Parce qu’il y a quelque chose d’assez irritant, pour les membres des minorités sexuelles, dans le fait d’avoir à «former» la personne censée leur venir en aide.

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