Scoop: le Québec et le Canada s’en vont tranquillement dans des directions différentes et, comme un vieux couple, habitent ensemble dans une indifférence qui va en grandissant.

Ça semble une évidence, à un point tel que même un ancien conseiller de Brian Mulroney, le dernier premier ministre canadien à avoir vraiment essayé de corriger la bévue constitutionnelle de 1982, en a fait son cri du coeur.

Mais quand c’est l’ancien chef Michael Ignatieff qui pense à voix haute sur la BBC, en disant que la souveraineté du Québec est probablement inévitable (il faisait la comparaison avec l’Écosse), on s’agite.

Et, bien sûr, on récupère les propos à notre avantage à gauche et à droite:

  • Les conservateurs fédéraux ont quasiment traité M. Ignatieff de traître et en ont profité pour tirer à boulets rouges sur le parti libéral… que Michael Ignatieff a quitté il y a près d’un an;
  • Le NPD, par son nouveau chef Thomas Mulcair, en a rajouté une couche en traitant les libéraux de défaitistes;
  • Les libéraux provinciaux ont vanté l’attachement des Québécois au Canada;
  • Pauline Marois a soudainement trouvé en Michael Ignatieff un « intellectuel de haut niveau » dont ça lui « plait d’entendre l’opinion »;
  • Stéphane Dion aussi s’en est mêlé, alouette, tout est ici.

Le Parti libéral du Canada, lui, s’est débattu tant bien que mal avec la patate chaude, son chef Bob Rae ayant évidemment dû nier qu’il existe une chose telle qu’un éloignement entre le Québec et le Canada. Michael Ignatieff a finalement pilé sur son orgueil et troqué sa liberté de pensée contre une profession de foi béate. Pourtant, même Justin Trudeau, Capitaine Canada s’il en est un, a récemment admis reconnaître de moins en moins son pays, sous l’effet du rouleau compresseur conservateur.

Les fédéralistes devraient dire merci à Michael Ignatieff et à Justin Trudeau, dont la candeur témoigne plutôt de leur attachement au pays, plutôt que de se mettre la « tête dans l’autruche », pour reprendre l’expression de Gérard Deltell (n’essayez pas cela à la maison, monsieur Deltell est un professionnel).

En fait, cette situation illustre parfaitement à quel point il est impossible de discuter intelligemment de la question constitutionnelle, tellement les élus ne cherchent qu’à marquer des points pour leur option et leur parti.

C’est pourtant difficile de nier l’évidence: le camp du OUI est passé à un cheveu de la victoire en 1995; le Bloc québécois a détenu la majorité des sièges du Québec de 1993 à 2012; le NPD, qui lui a un peu succédé sur la carte électorale, a obtenu plus de sièges au Québec que dans tout le reste du Canada; le Parti conserveur a réussi à faire élire un gouvernement majoritaire avec seulement 5 sièges au Québec.

En fait, il en aurait eu zéro que ça n’aurait rien changé. Au Québec, en mai 2011, les conservateurs-non-progressistes n’ont récolté que 16 % des voix. Dans le reste du Canada, sans le Québec, c’est près de 45 %. Et on ne parle même pas des mesures mises de l’avant par le gouvernement Harper depuis qu’il n’a plus l’opposition dans les pattes. Un petit portrait de la reine avec ça?…

Si les troupes fédéralistes devraient reconnaître en toute bonne foi qu’il y a du travail à faire pour que le Canada soit autre chose qu’un mariage de raison, les souverainistes devraient pour leur part éviter de tomber dans le jovialisme. Pauline Marois et Daniel Paillé auraient pu sobrement faire remarquer que ce n’est pas Michael Ignatieff qui fera la souveraineté, mais une majorité de Québécois. Franchement, on est assez loin de ça.

Mais ne comptez surtout pas sur des politiciens pour se contenter d’une lecture honnête de la réalité, sur un sujet aussi explosif.

Peut-on leur donner complètement tort?

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