Chantal Levesque/Métro L’intérieur de L’Atelier de Joël Robuchon, au Casino de Montréal

Je comprends aisément nos chefs montréalais qui poussent les hauts cris parce qu’on a décidé de confier, sans autre appel, les rênes du nouveau resto top-class du Casino de Mont­réal au chef français Joël Robuchon. La même affaire était arrivée au début des années 1970 quand le maire Drapeau avait offert le contrat du Stade olympique à Roger Taillibert sans même prendre la peine de regarder dans sa propre cour. À l’époque, nos architectes l’avaient pris de travers… Avec le recul, on s’est toujours dit que le maire, un homme de la vieille école, se liquéfiait littéralement devant tout ce qui provenait de la mère patrie. À la lueur de ce que nous vivons, il est permis de se demander si nous sommes vraiment affranchis de cet attachement colonial. On dirait que non.

Quoi qu’on en dise, quoi qu’on en pense, nos racines sont profondes. J’ai été recherchiste à la télé assez longtemps pour vivre cent fois le phénomène. Dès qu’un artiste français passait faire son tour dans le coin, tous les accommodements et les services lui étaient offerts avant même qu’il n’en fasse la demande. Allez hop: la section de cordes, la répétition déplacée à l’heure du lunch, la plus grande loge avec la bouteille de vin, etc. Notre charité bien ordonnée commençait généralement par le bonheur des visiteurs. Ça allait de soi. Un artiste québécois aurait voulu pareil qu’on l’aurait reviré sans ménagement. Vous avez des doutes? Pensez aux coproductions France-Québec au cinéma. Au nombre de fois où on fournissait l’huile de bras de nos équipes techniques et qu’on concédait automatiquement les gros rôles aux cousins, quitte à ce que nos meilleurs acteurs en soient réduits à jouer les garçons d’ascenseur. Combien de fois on a vu ça?

Pourquoi en fut-il et en est-il encore souvent ainsi? Pas parce qu’on est colonisés, pas parce qu’on souffre d’un aplaventrisme incurable, non, juste parce qu’on est fins et qu’on veut se faire aimer. Du genre qui cède sa place même quand l’autobus est vide. Du bon monde, tellement bon qu’on a développé une expertise incontestable dans la façon de se tenir en équilibre à la limite de la bonasserie.

Vous dire combien on est d’adon, en notre nom, notre gouvernement est même enclin à allonger 11M$ afin d’offrir un resto clés en main à une sommité mondiale qui compte déjà plein d’assises ailleurs sur la planète. C’est-y pas assez fin ça, rien qu’un peu? Tellement beau que je me retiens pour ne pas brailler. Le monde est ainsi divisé: il y a ceux qui reçoivent… et ceux qui donnent sans compter.

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Entendu: l’album Landing, de Beyries. Suis tombé sur le cul. En un mot: superbe. En plusieurs mots: brillant, envoûtant, doux, solide, intelligent, intense, travaillé, inspiré et impressionnant. En résumé: rare.

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Demain, il y aura plein d’émissions spéciales à l’occasion de la date limite des échanges dans la LNH. Un pur délice annuel. C’est plus fort que moi, je suis toujours impressionné quand je vois aller des commentateurs qui spinnent pendant sept heures sur un gars de quatrième trio qu’on a troqué contre un choix de sixième ronde au repêchage de 2021…

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Vu: la pièce Ne m’oublie pas avec François Papineau et Louise Turcot, qui est présentée jusqu’au 25 mars chez Duceppe. L’histoire – celle de ces 100 000 enfants anglais «placés» en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Canada jusqu’en 1970… – lève le voile sur un épisode noir très foncé de cette Grande-Bretagne qui ne fut, ma foi, jamais aussi petite. Un bémol: le texte m’a parfois paru bien compli­qué pour rien. Mais bon, ce n’est quand même pas une raison pour se priver de ce spectacle extrêmement pertinent. Parce que, non, il ne faut pas oublier. Jamais.

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L’équipe du fou d’en-bas a décidé de pratiquer l’épuration médiatique. Ce qui est parfaitement dégueulasse. Mais n’oublions pas que le gouvernement Harper avait sensiblement fait la même chose en toute hypocrisie, il y a de cela quelques années, en mettant en place un mécanisme de présélection des questions posées par les courriéristes parlementaires. Comme quoi l’attitude anti-média ne date pas d’hier en terre d’Amérique.

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