P. Salomé Le véhicule autonome de Navya

Avec la mise sur pied de son Institut de l’électrification et des transports intelligents, la Ville de Montréal veut créer une zone d’essai, où seront
notamment testées des voitures autonomes. Ces véhicules sans conducteur, dont des prototypes ont déjà été mis au point par certains fabricants, dont Google, Mercedes et Volvo, suscitent l’engouement au Québec, tout particulièrement dans la métropole. Tour d’horizon.

Expérience

Le groupe franco-québécois Keolis, qui dispose d’un siège social à Montréal, fera une démonstration de la navette autonome que son partenaire, la firme Navya, a conçue, dans les rues de Montréal le mois prochain à l’occasion du congrès de l’Union internationale des transports publics. Le parcours, qui sera encadré et circonscrit, n’a pas encore été précisément établi.

«Le but, c’est de démontrer que des navettes autonomes électriques peuvent être un complément au 
transport qui est déjà organisé. Ces navettes servent à la gestion du dernier et du premier kilomètre», a indiqué la vice-présidente, expérience passager, marketing et commercialisation, de Keolis Canada, Marie Hélène Cloutier. Cette dernière a confié que l’entreprise prévoit d’autres essais au Québec.

Depuis le mois de septembre, la navette autonome Navya roule dans l’écoquartier Confluence, à Lyon, où elle assure une desserte de transport collectif gratuite. Une quinzaine de Lyonnais et de touristes peuvent embarquer dans le véhicule autonome et s’y déplacer à une vitesse de 15 km/h. Comme ce sera le cas à Montréal, un opérateur demeure en tout temps dans ce véhicule autonome. Celui-ci est en mesure de détecter la présence d’un cycliste, d’un piéton, et même d’un ballon. Jusqu’à présent, aucun accident n’est survenu avec le véhicule autonome de Navya.

«Ces véhicules doivent avoir effectué une cartographie du site avec un ingénieur pour pouvoir ensuite opérer de manière autonome, a expliqué le responsable des communications de Navya, Diego Isaac, dans un échange de courriels. S’il y a un imprévu qui empêche la navette de circuler, celle-ci envoie un signal au centre de supervision qui peut déclencher un scénario pour lui faire utiliser un autre itinéraire ou lui faire faire demi-tour.»

Recherche

L’Institut du véhicule innovant (IVI), qui se trouve à Saint-Jérôme, est parvenu à concevoir un véhicule autonome pour les entreprises agricoles. «C’est un démonstrateur, a expliqué le directeur de l’IVI, François Adam. Notre partenaire nous a fourni une tondeuse commerciale, et on y a installé notre système de navigation.» L’IVI tente de trouver du financement pour développer davantage ce véhicule. M. Adam a souligné que ce projet suscite l’intérêt du milieu agricole, qui peine à trouver de la main-d’œuvre. Les véhicules autonomes voués au transport de personnes et ceux utilisés dans les entrepôts intéressent aussi l’IVI.

«Quand on regarde la technologie, dans les cinq ou six prochaines années, il y a des choses qui vont se passer.» –Denis Coderre, maire de Montréal, qui a été questionné
 la semaine dernière sur la possibilité que des bus électriques
 autonomes circulent un jour dans les rues de la métropole.

Réflexion

Un groupe de réflexion sur les véhicules autonomes, Mobilité partagée, a aussi été créé pour discuter de 
la «révolution de la mobilité» à venir. Des environnementalistes, des universitaires et des accros des technologies y sont présents, dont la vice-présidente de la firme-conseil Marcon, Catherine Kargas, l’expert en transport intelligent, Jean-François Barsoum et le professeur de Polytechnique Montréal Nicolas Saulnier. «On veut lancer un débat public sur la réorganisation du transport», a expliqué le directeur adjoint du Conseil de l’environnement de Montréal, Félix Gravel. Plusieurs thèmes sont à l’agenda de ce groupe de réflexion, dont le partage des responsabilités, l’intermodalité et les conséquences sur les régimes d’assurance.

Concertation

Les entreprises des technologies de l’information gardent aussi l’œil ouvert sur les véhicules autonomes. Réunies 
au sein 
de Techno Montréal, elles ont lancé l’an dernier un chantier sur les transports intelligents, où des autorités publiques et des manufacturiers ont aussi leur place. Elles veulent proposer un projet sur les dernières innovations dans le transport. «On ne veut pas être en mode rattrapage, a dit la directrice générale de Techno Montréal, Lidia Divry. On veut être en mode accéléré. On a des atouts au Québec, et il faut les mettre de l’avant.»

Encadrement

Le ministère des Transports (MTQ) réfléchit présentement à la possibilité d’inclure des dispositions permettant 
à des véhicules autonomes de circuler sur les routes du Québec dans le Code de la sécurité routière. Pour le moment, ils sont interdits. «Selon les résultats des travaux avec nos partenaires canadiens et nord-américains et les développements de ces technologies, des ajustements législatifs pourraient être proposés», 
a indiqué la porte-parole du MTQ, 
Dominique David. Des projets de démonstration ont été soumis au ministère, qui les analyse. Plusieurs tables de discussion sur les véhicules autonomes ont été mises en place, tant à l’échelle 
du Canada que de l’Amérique du Nord.

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