Josie Desmarais/Métro L’intégration sur le marché du travail est le cheval de bataille de celui qui est aujourd’hui professeur à HEC Montréal.

Belgacem Rahmani a préparé des notes, qu’il ne consultera pas, bien sûr, puisque notre rencontre a pour objet de tracer son parcours. Trajectoire qu’il connaît forcément par cœur, empreinte d’un profond attachement pour Montréal, la ville qu’il a faite sienne.

«J’ai senti tout de suite que cette ville était l’endroit où je devais faire ma vie.» Un sentiment intense, évident, immédiat. Son coup de foudre, il l’a d’abord eu pour les gens. Il se souvient à quel point tout lui avait alors paru démesuré. La largeur des routes, la taille des véhicules, la gentillesse des Montréalais.

Aux murs de son bureau exigu de HEC Montréal (autrefois celui de Martin Coiteux, ancien collègue devenu ministre), les caricatures mordantes à l’égard de certains politiciens jouxtent un paysage saharien et quelques citations inspirantes. Du sol au plafond, les livres révèlent le champ d’expertise du maître d’enseignement en affaires internationales.

Belgacem Rahmani doit beaucoup à ceux qui, «sans le savoir, ont contribué à ce qu’[il est] devenu». À ces rencontres-clés, celles qui prodiguent le coup de pouce déterminant. Il découvre Montréal à travers la rencontre fortuite d’un couple de jeunes Québécois, dans les années 1970, dans un café de Casablanca, où il est alors étudiant. Ils sont en attente d’un transfert d’argent après avoir perdu leurs papiers; Belgacem les héberge quelques jours, une amitié se noue qui lui ouvre une fenêtre sur le Canada. Mais à l’époque, c’est la Suède qu’il a dans sa ligne de mire. Il boucle donc ses valises et s’envole vers Stockholm, où il travaille jusqu’à ce que lui vienne l’envie de reprendre des études, ce qui s’avère compliqué. Montréal refait surface, il vient s’y installer avec un visa de touriste. «Les démarches étaient plus simples qu’aujourd’hui. J’ai décroché un contrat d’un an et j’ai pu travailler tout en étudiant à Polytechnique le soir.» Il repart en Suède le temps de déposer sa demande d’immigration.

Initialement formé en génie-conseil dans le secteur des sciences de la Terre, il se laisse convaincre par un collègue de s’orienter vers le commerce. Il décroche un bac en gestion à HEC, puis une maîtrise en administration publique (affaires internationales) à l’ENAP. Poussé par deux professeurs, il se lance dans «ce noble métier, qui consiste à transmettre des connaissances en espérant que nos élèves deviennent de meilleurs citoyens».

«Une fois que la sphère professionnelle a été stabilisée, ç’a été mon tour de donner à la société.» Président du Conseil interculturel de Montréal, membre fondateur du Regroupement des universitaires et chercheurs d’origine algérienne, membre de la fondation Club Avenir (qui mise sur l’intégration par l’excellence, en soutenant des Montréalais d’origine algérienne qui excellent dans leur domaine) : les mandats ne manquent pas. L’intégration des membres des communautés culturelles sur le marché du travail est son cheval de bataille. Malgré les efforts faits, il estime qu’il y a place à amélioration.

«Nous passons à côté de talents qui ne demandent qu’à contribuer à l’essor de Montréal. Des personnes hautement qualifiées et compétentes qui ne trouvent pas d’emploi, c’est inquiétant. Il est parfois dit que la première génération d’immigrants est une génération sacrifiée. Elle ne devrait pas l’être, parce qu’elle est le socle de ce qui sera bâti par la suite. Immigrants, citoyens, entreprises, gouvernement : la responsabilité est partagée entre nous tous.» -Belgacem Rahmani

Indéniablement ici chez lui, Belgacem Rahmani aime aussi Montréal parce que «ce sont les Nations unies; on s’abreuve de la culture les uns des autres. La culture relève de l’acquis, pas de l’inné, elle n’est donc pas immuable, elle évolue. Comme une ville évolue avec les gens qui la font. On n’immigre pas en effaçant qui on était, d’où on venait. On construit par-dessus le socle de nos racines.» Quarante ans après avoir quitté l’Algérie, Belgacem Rahmani est la somme des rencontres déterminantes et des lieux auxquels il s’est attaché, résolument Montréalais.

Une fois par mois, Métro propose, en collaboration avec le projet Alliés Montréal de la Conférence régionale des élus de Mont­réal (CRÉ), des portraits inspirants de Montréalais issus de l’immigration qui témoignent de leur parcours et de leurs succès.

L’émission de Radio-Canada International Tam-Tam Canada a produit une version radio de ce reportage. Réalisée par Anne-Marie Yvon, cette émission est disponible sur le site de RCI.

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