Chantal Levesque/Métro Christophe Najdovski

Longtemps marginalisé, le vélo est désormais considéré comme un moyen de transport à part entière à Paris, au même titre que l’automobile.

«On tourne la page sur cette vision qui correspond au XXe siècle, où l’automobile prenait tout l’espace, et on entre de plain-pied dans le XXIe siècle, où les déplacements seront fondamentalement différents», a mentionné à Métro l’adjoint à la mairesse de Paris, Christophe Najdovski, qui était de passage dans la métropole pour le Festival Go vélo Montréal.

La Ville de Paris, qui aspire devenir «la capitale mondiale du vélo», s’est pour ce faire dotée d’un ambitieux Plan vélo 2015-2020. Avec un budget de 150 millions d’euros (219M$), l’administration de la mairesse Anne Hidalgo veut tripler la part modal du vélo, de 5 à 15%, et doubler l’étendue du réseau cyclable. Diminution généralisée de la limite de vitesse à 30km/h, ajout de 10 000 places de stationnement pour vélo et mise en service de Vélib électriques sont aussi à l’agenda de la capitale parisienne.

Métro a discuté avec M. Najdovski de la nouvelle révolution vélo en cours à Paris.

Qu’est-ce qui a motivé ce changement de perspective du vélo, qui a désormais droit à une place de choix sur la voie publique?
Il y a à la fois le fait de vouloir lutter contre la pollution de l’air et d’aspirer à se réapproprier l’espace public, c’est-à-dire, de ne pas considérer uniquement la voie de circulation comme une voie autoroutière, mais comme une voie apaisée. Le vélo, c’est tout simplement un mode adapté à la ville. Nos déplacements ne font que quelques kilomètres. La grande majorité de nos déplacements peut être fait à vélo. Autant donner les moyens et la possibilité à une plus grande majorité de le faire.

Qu’est-ce qui en est de l’acceptabilité sociale? Est-ce que les Parisiens approuvent votre plan?
Il y a cinq ou dix ans, on n’aurait pas eu la même acceptabilité sociale qu’aujourd’hui. Les mentalités ont beaucoup évolué depuis dix ans. On voit des gens opposés au vélo à l’époque et qui, maintenant, en sont des fervents supporteurs. Je crois vraiment qu’aujourd’hui les Parisiens sont prêts à ce que on investisse en faveur du vélo. On a saisi l’opportunité.

Pour les Montréalais, la sécurité est un frein à la pratique du vélo, comme l’a démontré l’étude L’État du vélo au Québec de Vélo Québec. Qu’en est-il pour les Parisiens?

C’est une préoccupation. Lorsqu’on a élaboré notre Plan vélo, on a d’abord fait une concertation qui a duré un an et on a fait des enquêtes auprès des usagers parisiens pour déterminer quels étaient les freins au vélo. Les deux principaux sont la sécurité et le stationnement. La sécurité, elle est très fortement liée au fait qu’aujourd’hui, on n’a pas un réseau cyclable qui est continu. On a aussi constaté que beaucoup de gens, des femmes par exemple, disent qu’ils feraient bien du vélo, mais qu’ils ne se sentent pas en sécurité dans la circulation automobile.

Est-ce pour consolider le réseau cyclable parisien et le rendre du même coup plus sécuritaire que Paris a décidé de créer d’express cyclables?
Bien sûr. Absolument. Si on veut que demain, le vélo devienne un transport de masse, il faut que notamment sur les grands axes, on ait des voies de circulation pour les vélos qui soient larges, sûres et rapides.

Êtes-vous préoccupé par la qualité des pistes cyclables qui sont aménagées?

Oui, c’est une vraie préoccupation. Il y a encore beaucoup d’automobilistes qui ne respectent pas les bandes cyclables et qui vont les considérer comme des aires de stationnement. Pendant ce temps, la bande cyclable est inutilisable et ça oblige le cycliste à se déporter. Donc, il faut de faire des aménagements plus coûteux avec une vraie séparation, de manière à ce qu’il ait un respect de l’aménagement pour le cycliste.

Faut-il rééduquer les automobilistes?
En ville, il y a un peu une bataille pour l’espace public. Malheureusement, les comportements des Parisiens ne sont pas très vertueux. Loin de là. Il y a un besoin de mettre de l’ordre là-dedans. On a aussi une police qui fait ce qu’elle peut, mais qui à mon sens, pourrait faire mieux, en terme de sanction pour faire respecter les règles.

Est-ce que vous pensez augmenter les amendes ?
On devrait pouvoir le faire. Peut-être à partir de l’an prochain. On va avoir une évolution de la réglementation qui va donner davantage de pouvoirs au maire de Paris.

Réfléchissez-vous à l’après-plan vélo 2015-2020 ?
Pas encore. On a déjà beaucoup de travail avec celui-là. Il faudra de toute façon poursuivre le travail à une échelle métropolitaine. Souvent, on constate que dans les grands centres urbains, la question du vélo avance, mais dans les faubourgs autour, quand on est à 20 ou 30 km, on reste quasiment uniquement en mode voiture. Là, il y a aussi une réflexion sur la façon dont on peut élargir le périmètre d’usage du vélo à la grande région. Mais c’est pour l’après-mandat.

Sachant que Paris est candidate à l’accueil des Jeux olympiques pour 2024, on a un projet de relier le village olympique au site olympique avec une autoroute cyclable de sept ou huit kilomètres. Un fois que les Jeux olympiques seront passés, le village olympique sera transformé en quartier d’habitation et d’emploi. Ça permettra de réutiliser la piste cyclable pour les déplacements quotidiens.

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