Chris Young / La Presse canadienne Howie Mandel

MONTRÉAL — Le nouveau copropriétaire du Groupe Juste pour rire, l’animateur et producteur Howie Mandel, souhaite rétablir les ponts avec les humoristes québécois qui ont pris leurs distances par rapport à l’entreprise depuis l’automne.

Se disant bien au fait du scandale à l’origine de la vente du fleuron québécois de l’humour, le Torontois estime que son partenariat avec la firme d’artistes américaine ICM Partners aidera à rétablir la réputation de Juste pour rire au Québec.

Au cours d’une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne depuis Los Angeles, mercredi, M. Mandel, notamment connu pour avoir animé l’émission «Deal or No Deal», la version anglophone du «Banquier», a voulu tendre la main au milieu de l’humour.

«J’aimerais avoir l’occasion de travailler avec eux, a-t-il dit. Ce sont d’excellents humoristes. J’aimerais pouvoir m’asseoir avec eux si j’en ai l’occasion. L’humour est un remède pour nous permettre de se réunir et mettre de côté nos différends.»

Moins d’une semaine après que Québecor Média eut décidé de ne pas exercer le droit de premier refus dont elle bénéficiait, la vente de l’entreprise mise sur le marché à l’automne par Gilbert Rozon a été confirmée, mercredi. Les détails financiers de l’entente n’ont pas été dévoilés.

La centaine d’employés de Juste pour rire continueront à travailler pour l’entreprise, dont le siège social demeurera à Montréal, et le Festival Juste pour rire se tiendra pour une 36e fois en juillet dans la métropole. De plus, son pendant anglophone, Just For Laughs, continuera d’exister.

Néanmoins, l’événement aura un concurrent, puisqu’à la suite de l’initiative de l’humoriste Martin Petit, des grands noms de l’humour ainsi que des artistes de la relève participeront cette année au Grand Montréal comédie fest, qui compte Vidéotron comme partenaire fondateur.

Cet événement se voulait une réponse aux allégations de harcèlement et d’agression sexuelle à l’égard de plusieurs femmes visant M. Rozon, qui a fondé Juste pour rire en 1983.

«Je souhaite que tous puissent avoir du succès, a répondu M. Mandel, qui a déjà participé à Just For Laughs, lorsqu’interrogé à propos de ce deuxième festival. Ce sont des artistes talentueux. J’aimerais pouvoir être en affaires avec eux.»

En après-midi, M. Petit n’avait pas retourné les appels de La Presse canadienne visant à obtenir sa réaction à la main tendue par le nouveau copropriétaire de Juste pour rire.

Obstacles à surmonter

S’il salue les intentions de M. Mandel, François Brouard, un professeur titulaire de comptabilité et fiscalité de l’Université Carlton qui dirige un groupe de recherche sur l’industrie de l’humour, se demande toutefois comment Juste pour rire fera pour organiser un festival au cours de l’été.

«La plupart des gros noms participent déjà à l’autre festival, a-t-il observé au cours d’un entretien téléphonique. Je pense qu’il est là le problème.»

M. Brouard s’est également demandé si l’arrivée de nouveaux propriétaires parviendra à persuader certains humoristes de renouer avec Juste pour rire alors que des membres de l’équipe de direction ont travaillé sous la gouverne de M. Rozon.

«Si on pense aux soeurs Rozon (Luce et Lucie), la perception est qu’elles ont le même nom, a-t-il expliqué. Le nom est teinté.»

À un autre niveau

M. Mandel ne s’en cache pas: malgré la controverse des derniers mois, il caresse de grandes ambitions pour Juste pour rire, qui tient également des événements ailleurs dans le monde, comme à Toronto, Vancouver et Sydney, en Australie.

En plus de mettre la main sur Juste pour rire, le groupe d’investisseurs dit être en discussion avec des «joueurs québécois majeurs» afin de former d’autres partenariats, un aspect sur lequel l’humoriste et animateur n’a pas voulu s’avancer.

Il a toutefois assuré que le pendant francophone de Juste pour rire ne deviendra pas le parent pauvre du festival d’humour.

«L’aspect francophone est vital parce qu’il permet de conserver l’aspect international de l’événement, a rappelé M. Mandel. Si tout se déroulait en anglais, on perdrait un aspect important du festival.»

Le président du conseil d’administration du Festival Juste pour rire, Pierre Marc Johnson, s’est réjoui de la conclusion de la transaction, notamment parce qu’elle permet de préserver les emplois et le siège social dans la métropole.

Au cours d’un entretien téléphonique, l’ex-premier ministre péquiste a mis en relief le fait que les propriétaires ont mis la main sur les deux volets de l’événement.

«Autrement, cela aurait été plutôt catastrophique pour Montréal parce que 80 pour cent des touristes hors Québec qui viennent à Montréal viennent pour voir la partie anglophone du festival», a dit M. Johnson.

Pour sa part, interrogé en marge d’un événement organisé par le Conseil québécois du commerce de détail à Montréal, le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau, n’a pas voulu commenter le dossier.

Il n’a toutefois pas fermé la porte à ce que le conglomérat soit à la fois commanditaire du Grand Montréal comédie fest et d’événements organisés par Groupe Juste pour rire.

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Voici les faits saillants ayant mené à la vente du Groupe Juste pour rire:

— Octobre 2017: Gilbert Rozon est visé par des allégations de harcèlement et d’agression sexuelle de la part de plusieurs femmes à la suite de témoignages rapportés par le «98,5 FM» et «Le Devoir».

— 23 octobre 2017: RBC Marchés des Capitaux est mandatée pour la vente des actions de Gilbert Rozon dans l’entreprise.

— 10 janvier: Québecor se tourne vers la Cour supérieure pour tenter d’obtenir une injonction visant à faire respecter les droits qu’il a acquis en concluant une entente de partenariat avec le Groupe Juste pour rire en 2012.

— 12 février: Québecor échoue dans sa tentative d’obtenir une injonction, mais le tribunal indique que le conglomérat a un droit de premier refus, au cas où JPR voudrait vendre à un tiers à un prix plus bas.

— 3 mars: Groupe Juste pour rire dit avoir conclu une entente de principe avec un «regroupement d’investisseurs».

— 15 mars: L’entreprise confirme que Québecor n’a pas voulu exercer son droit de premier refus. La vente à ICM Partners devient alors une formalité.

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