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Lauzon de conduite

Devant la popularité planétaire (ne faisons pas preuve de fausse modestie) de mon dernier texte sur journalmetro.com il y a deux semaines que j’avais intitulé «Faut pas insulter les gens», j’ai décidé de créer mon entreprise «Lauzon de conduite inc.» que je vais probablement incorporer aux Îles Caïmans. Enfin, je réalise mon rêve de devenir entrepreneur. Selon moi, il y a un  lucratif marché pour des cours personnalisés de bienséance. Avis aux intéressés : j’ai des franchises à vendre.

Dans toutes les sphères de la population, les gens n’ont malheureusement plus aujourd’hui de belles manières. Ce n’est pas parce que les élus vous délestent allègrement de vos ressources naturelles et de vos services publics qu’ils cèdent à leurs p’tits amis et que la corruption est présente à tous les niveaux politiques qu’il faille pour autant manquer aux règles élémentaires de savoir-vivre. Allons, mes amis, arrêtez de crier des noms aux opportunistes. Moi, en tout cas, je préfère être accusé d’être tiède et de faire dans la dentelle plutôt que d’insulter les gens importants. Ce n’est pas du tout ma tasse de thé d’être irrévérencieux.

En 2005, Lucien Bouchard, nous avait servi à cet effet un sermon sur sa montagne du mont Royal : «Non aux insultes. La solution aux problèmes du Québec ne se trouve pas du côté de la hargne, du cynisme, de l’injure et de la vulgarité mais dans le respect des interlocuteurs et de la réalité.» (La Presse, 25 octobre 2005) Lulu est bien élevé. Ne soyez donc pas vulgaire avec vos arnaqueurs de tout poil. Vous devez les respecter. Puis, dans La Presse du 2 octobre 2010, le chroniqueur Mario Roy, faisant référence aux profiteurs de notre gaz de schiste et au méchant traitement que vous avez servi à leur pauvre représentant, genre petite brebis immolée livrée aux ingrats, André Caillé, a intitulé son texte : «Hargne et grossièreté». Faut pas faire preuve de grossièreté avec ceux qui veulent seulement s’enrichir un petit brin avec vos ressources. Voyons donc, ça ne se fait pas. C’est pas en agissant ainsi mes amis que le Canada va obtenir un siège au conseil de sécurité de l’ONU.

Mon premier client va de soi, je crois, en la personne de Luc Ferrandez, le maire du Plateau-Mont-Royal, qui a «pété les plombs» en disant qu’il ressentait de «la honte et du dégoût» pour Quebecor, cette entreprise «rhodésienne». Comme si ce n’était pas assez, il a ajouté : «J’en ai rien à crisser d’être dénoncé par les chacals.» (Le Devoir, 15 octobre 2010) Oh mon doux Jésus, ce n’est pas parce que Quebecor et Pierre-Karl Péladeau, un ancien marxiste converti au capitalisme sauvage, a lockouté ses 253 employés du Journal de Montréal depuis presque deux ans et qu’il veut, pour la poignée qu’il désire garder (un employé sur cinq), les faire rentrer au bercail pas à genoux, mais en rampant, qu’il faille tenir de tels propos «inconvenants», surtout de la part d’un maire d’arrondissement à Montréal! Vous avez remarqué? Non mais, il a sacré! Quand même, faut garder sa bonne humeur, en toutes circonstances, même devant les «chacals» de ce monde…  

Je suis vraiment en état de grâce. Ma chronique d’il y a deux semaines commence déjà à porter ses fruits, disons abondants, comme le démontre éloquemment le titre de cet article du Devoir du 7 octobre 2010 : «MÅ“urs électorales. Le gouvernement Charest change son fusil d’épaule pour la troisième fois en un an.» Changer d’idée trois fois seulement en un an pour Jean Charest est clairement une nette amélioration. Il est sur la bonne voie et pourra se «réingénierer» plus vite s’il s’inscrit à mes cours de «Lauzon de conduite» pour débutants. Plusieurs de ses ministres devraient faire l’imiter.

Dans ma dernière chronique sur journalmetro.com, j’ai aussi abordé les paradis fiscaux réservés à notre gratin, ces pays supposément souverains, pas plus gros qu’un village et nettement plus petits que l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal de Luc Ferrandez, celui a sacré publiquement. Moi ce n’est pas pareil. Je ne sacre pas… je tiens des propos religieux. Vous savez que le gouvernement canadien de Stephen Harper et celui de Jean Charest ont promis de resserrer l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux pratiquée par ceux qu’il ne faut justement pas injurier même si leurs combines coûtent plusieurs milliards de dollars par année en pertes fiscales à l’État, argent qui pourrait servir à financer nos services publics en lambeaux. Harper et Charest n’ont toutefois pas précisé sur comment et quand ils allaient procéder. Armez-vous de patience, ça peut être long.

Faut croire que nos banquiers canadiens ont été terrorisés et ont pris les menaces de leurs politiciens au sérieux puisque, dans La Presse du 7 octobre 2010, la Banque Scotia était fière d’annoncer qu’elle avait acheté les activités de gestion de BNP Paribas (que le gouvernement français de droite de Nicolas Sarkozy a contraint de liquider) aux Îles Caïmans et au Panama. Sachez aussi, chers amis, que dans cet article, qui relève carrément de l’info-pub, la Banque Scotia se pavanait en ces termes : «La Banque Scotia propose des services financiers aux particuliers [lesquels?] et aux entreprises depuis 1974 au Panama, depuis 1965 aux Bahamas et depuis 1968 aux Îles Caïmans.» Vraiment merveilleux. Ils s’en cachent même pas, ils publicisent leurs magouilles. Ils ont dit depuis 1968 aux Îles Caïmans… «The show must go on»…  Voilà comment ils vont créer de la richesse additionnelle à leurs riches et qu’ils vont créer du bien-être à leurs «générations» futures. Par ici la bonne soupe! Les banques européennes sont appelées à liquider des actifs dans des paradis fiscaux et ce sont nos banques canadiennes qui les récupèrent. Ah non, vous allez pas commencer à verser dans l’impolitesse envers vos élus et vos banquiers, entre autres Jacques Ménard de la Banque de Montréal, qui pleure souvent sur le décrochage scolaire et sur notre système de santé public défaillant qu’il voudrait privatiser. Faites pas votre Luc Ferrandez, votre Pierre Falardeau ou votre Michel Chartrand de vous-mêmes. Jacques Ménard insiste aussi pour que l’on donne de la formation financière dès le primaire à nos rejetons. M. Ménard, va-t-on inscrire, au programme de «formation», l’ABC des paradis fiscaux et de la généreuse fiscalité octroyée aux banquiers sur leurs options d’achats d’actions, des taux d’intérêt usuraires chargés par le duopole Chargex-MasterCard détenu par les banques et les taux d’intérêt shylockiens sur les prêts de certaines institutions financières comme la CitiFinancière du Canada, tel que signalé dans l’article de Michel Girard de La Presse du 7 octobre 2010, intitulé «S’étouffer avec du crédit à 57 %»? Juste 57 % d’intérêt l’an… on fera pas tout un plat avec ça mes amis. Parlons plutôt «hockey» pour changer le mal de place.

Tiens, je vais tester le niveau de vos progrès en matière de courtoisie. Au cours du premier semestre 2010, les banques canadiennes ont déclaré : «Des profits en hausse, mais pas assez» (La Presse, 28 mai 2010). Pour que ce soit satisfaisant, il faut au moins qu’elles doublent leurs profits sinon c’est la misère noire pour les banques, leurs dirigeants et leurs actionnaires. Pendant qu’elles engrangent des profits records et qu’elles reçoivent des milliards de dollars en fonds publics de leurs politiciens pour les aider à traverser la crise, qui ne s’est jamais pointée l’ombre du bout de la queue du castor dans leur cas, eh bien, elles ont déclaré, comme les lucides autoproclamés l’ont fait, que «les Québécois devront faire des sacrifices» (La Presse, 2 septembre 2009). Allez, un petit effort messieurs, dames. Oh, oh, oh, je vous ai à l’Å“il et je ne tolérerai pas un seul gros mot de votre part. Pensez donc plutôt à vous inscrire sans tarder à mes leçons de conduite dont les frais d’inscription sont déductibles d’impôt. Eh oui, mes «Lauzon de conduite» sont un abris fiscal. Pourquoi pas? Du financement à un taux dérisoire de 40 % l’an est aussi disponible.

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