Josie Desmarais/Métro Martin Houle

En 2006, Martin Houle créait le site Kollectif, afin de mieux faire circuler l’information entre les professionnels du domaine architectural. Dix ans plus tard, l’architecte à l’origine de ce projet aimerait que le public soit mieux outillé pour comprendre l’importance de l’architecture et, tout en se disant fier du talent d’ici, souhaite que le milieu soit encore plus innovant.

Dans quel contexte est né Kollectif?
Kollectif est une courroie de transmission. Tout a commencé par mon implication étudiante. Les gens m’envoyaient des invitations, des messages concernant des activités. J’ai mis les nouvelles que je recevais sur une plateforme de blogue. Au début, Kollectif servait à pallier un manque de communication.

Comment a évolué Kollectif, 10 ans plus tard?
Au début, j’étais neutre, mais aujourd’hui, avec Marc-André [Carignan, chroniqueur pour Métro], on prend position. C’est important d’avoir un côté critique en architecture, et que les professeurs et les architectes se manifestent pour donner des points d’orientation au grand public. C’est facile de faire un commentaire du genre «un bâtiment est laid». Mais on essaie d’aller plus loin en donnant des pistes d’explications et des solutions.

«On est formés à fournir au public des espaces de qualité. Ça peut être au niveau de la lumière naturelle, des couleurs utilisées, des matériaux, de la relation entre les espaces. Il y a une valeur ajoutée à notre profession. Des fois, on sent que ce n’est pas important.» – Martin Houle, architecte et coordonnateur de projet chez Elema

Quelles positions a pris Kollectif récemment?
[Plusieurs acteurs du milieu parlent] d’une politique nationale de l’architecture. C’est quelque chose que Kollectif a toujours approuvé et poussé.
Une telle politique, ce n’est pas juste pour l’esthétisme. Le domaine de la construction, c’est une des plus grosses économies. Un des éléments qu’il faut revoir, c’est la loi du plus bas soumissionnaire. Parce que, qu’on construise un cabanon, une maison ou un hôpital, le principe reste le même: il faut miser sur la qualité et pas juste sur le prix. Actuellement, on essaie d’économiser le plus d’argent du public. C’est beau, mais ça fait 30-40 ans que ça marche comme ça et ça ne fonctionne pas. À travers une politique nationale, on pourrait aussi éduquer les jeunes à l’importance de la lumière et de l’espace.

Quels facteurs peuvent empêcher l’innovation en architecture?
C’est difficile d’avoir accès aux commandes. Les critères pour un projet peuvent exiger qu’une firme ait 5 ans d’existence ou d’expérience pour pouvoir faire des écoles, par exemple. Si je fonde ma firme à 40 ans, j’ai quand même 15 ans d’expérience, mais comme ma firme n’en a que cinq, je ne peux pas appliquer. Des fois, aussi, c’est à cause de l’expérience exigée au niveau du portfolio. Si une jeune firme pleine de talent a juste fait du résidentiel, elle ne peut pas avoir accès aux contrats pour faire des écoles. Mais ça ne veut pas dire qu’elle n’est pas capable de le faire! On est formés pour ça.
Si on fait toujours les mêmes recettes et qu’on ne questionne pas ce que le client demande, on répète les mêmes erreurs. Quand on limite les contrats toujours aux mêmes personnes, aux mêmes firmes, on n’innove pas. On devrait ouvrir le marché, avec des concours, par exemple. C’est ce que le Bureau du design de la Ville de Montréal a fait, entre autres, avec les concours de bibliothèques ou celui du centre de soccer.

«Au lieu de rester dans le même carcan, est-ce qu’on peut penser à faire quelque chose de moindrement réfléchi, dans tout ce qu’on construit, pour les années à venir? C’est important d’en parler.» – Martin Houle, architecte et coordonnateur de projet chez Elema

Qu’est-ce qui est encourageant pour le milieu présentement?
Les gens se sentent de plus en plus interpellés par les projets d’aménagement, comme les ruelles vertes ou les installations éphémères. En même temps, il faudrait qu’ils le soient aussi par rapport aux projets publics, comme les hôpitaux et les écoles, mais je pense que ça s’en vient. Je pense aussi que la nouvelle génération, les jeunes, sont plus sensibles à l’environnement. Quand ils deviendront des clients, ils vont exiger des approches plus sensibles à l’environnement. D’un autre côté, il y a des villes qui prennent des initiatives d’aménagement intéressantes et viables à court, moyen et long terme. Par exemple, il y a l’amphithéâtre à Trois-Rivières ou le nouveau Musée national des beaux arts à Québec. Je pense qu’il y a un mouvement qui devient de plus en plus intéressant. Sans oublier le Bureau du design; je crois que c’est une initiative merveilleuse.

En bref:
Une idée d’ailleurs à emprunter
«La Ville de Toronto a récemment adopté un règlement obligeant les architectes à inscrire leur nom sur leur bâtiment. Ça donne une crédibilité par rapport au professionnel et ça le responsabilise aussi.»

Sur la formation en architecture
«À l’école d’architecture, on devrait t’apprendre à taper sur un 2×4. Tout en enseignant l’aspect conceptuel, les écoles devraient se pencher un peu plus sur l’aspect de la construction. Je n’ai jamais construit quelque chose pendant mes études.»

Sur la désignation Montréal Ville UNESCO de design
«C’est une excellente chose. Sauf que les gens ne comprennent pas ce que ça veut dire. Ce n’est pas une consécration. C’est la reconnaissance d’un potentiel incroyable. Il faut reconnaître qu’on a du talent.»

Sur la place de l’architecture dans les médias
«Certains médias continuent d’en parler, comme Métro et Le Soleil, mais d’autres ont abandonné leur couverture. Pourtant, un aménagement ou un bâtiment, ça reste pour 40, 50, 100 ans. C’est important d’en parler et que le public en soit conscient.»

Événement:
Pour célébrer les 10 ans de Kollectif et de Index-Design, une soirée est organisée le 10 novembre au Studio St-Martin

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