Catherine Leclerc-Audy

Un important incendie a fait rage jeudi en fin d’avant-midi sur le boulevard Saint-Laurent. Vers 12h10, une partie du bâtiment patrimonial touché par les flammes s’est même effondrée.

Le Service de sécurité incendie confirme que le feu s’est déclenché au 974, boulevard Saint-Laurent, entre la rue De La Gauchetière et l’avenue Viger. L’appel a été reçu à 11h20, indique Yvon Daunais, porte-parole du Service incendie de Montréal (SIM).

Le bâtiment vide de quatre étages donne sur le boulevard Saint-Laurent à l’avant et sur la rue Clark à l’arrière. Il s’agit de l’édifice Robillard qui a hébergé, à partir de 1896, la première salle exclusivement cinématographique au Canada. L’édifice est situé entre plusieurs commerces qui ont dû être évacués, dont le centre commercial Swatow, récemment rénové.

Une trentaine de camions et 125 pompiers ont été dépêchés sur les lieux. «Le bâtiment en flammes était inoccupé et il manquait certains planchers, alors les pompiers n’ont pu rentrer à l’intérieur et se sont contentés d’une intervention défensive», a ajouté M. Daunais, qui indique qu’aucun blessé n’a été recensé.

Marcel Bernard un client de l’Accueil Bonneau, a d’abord vu de la fumée sortir de l’arrière de l’édifice, sur la rue Clark. «Après, il y a eu deux ou trois boums, probablement des bonbonnes de propane, et le feu s’est propagé à tout l’édifice», a-t-il déclaré à Métro.

une enquête policière a été lancée pour élucider les causes de cet incendie qui pourrait être d’origine criminelle.

Un vaste périmètre a été interdit à la circulation pendant plusieurs heures. Vers 13h30, le SIM a indiqué que l’incendie était maîtrisé.

Le parti Projet Montréal en a profité pour dénoncer le manque de sévérité de l’administration Coderre face aux édifices patrimoniaux laissés à l’abandon par leurs propriétaires. La conseillère de Saint-Paul–Émard, Anne-Marie Sigouin, a fait remarquer que l’édifice Robillard ne faisait pas partie de l’inventaire des bâtiments vacants de l’arrondissement de Ville-Marie. «Comment peut-on prétendre se préoccuper du patrimoine si nous n’avons pas les outils les plus élémentaires pour le protéger?» a-t-elle déclaré en précisant que l’édifice Robillard était le cinquième édifice patrimonial a être détruit par le feu cette année.

«À Chicago, les inspecteurs se rendent à l’intérieur des bâtiments vacants pour les analyser, des plans sont produits et des amendes salées – 500$ à 1000$ par jour – sont imposées pour toute infraction d’un propriétaire au règlement. On est loin de l’approche laxiste de Montréal», a-t-elle ajouté.

L’administration Coderre a répondu par communiqué de presse qu’elle «posait beaucoup de gestes significatifs pour la protection du patrimoine bâti montréalais», avant de citer des dossiers tels que ceux de la bibliothèque Saint-Sulpice, l’édifice Rhodier, l’ancienne tour d’aiguillage Wellington ou la caserne Létourneux pour des sommes totalisant 6M$.

L’édifice avait été inspecté en 2014 et des travaux de réfection avait été entamés, mais interrompus en raison d’une présence d’amiante. «Nous portions une attention particulière à l’édifice Robillard. Malheureusement, les événements d’aujourd’hui nous rappellent comment ces immeubles sont à risque, et comment il est complexe, pour une administration municipale, d’intervenir auprès de propriétaires privés», a expliqué Richard Bergeron conseiller du district de St-Jacques et responsable de la Stratégie du centre-ville au comité exécutif de la Ville de Montréal.

Interrogé à son retour du lieu de l’incendie, le porte-parole d’Héritage Montréal était remonté. «Les pompiers avait classé l’édifice comme étant à risque, y a t’il eu des communications avec les fonctionnaires de la ville et ceux du patrimoine pour mener des actions préventives?», se questionne-t-il.

Alors que la ville compte dépoussiérer sa politique du patrimoine, M. Bumbaru craint que l’exercice se fasse derrière des portes closes, alors que la société civile pourrait être mise à contribution. «On n’a même pas de définition précise de ce que protéger le patrimoine veut dire», conclut-il.

 

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