Josie Desmarais/Métro Cimetière Notre-Dame-des-Neiges

Jusqu’à la fin de l’été, l’organisme Patrimoine funéraire Montréal propose des visites du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, sur le mont Royal, afin de raconter l’histoire de la métropole. D’après un de ses bénévoles, Alain Tremblay, il s’agit aussi d’une occasion de revaloriser un des premiers parcs urbains de Montréal. «C’est l’un de nos plus beaux parcs», a-t-il lancé au cours d’une visite faite avec Métro.

Les origines
Le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, qui se trouve sur le flanc ouest de la montagne, a ouvert en 1854 – près de 20 ans avant l’inauguration du parc du Mont-Royal –, à une époque où les cimetières de type jardin avaient la cote. Depuis, il a été agrandi à 3 reprises pour couvrir aujourd’hui 341 acres, ce qui en fait le plus grand cimetière du Canada et le troisième en Amérique du Nord.

«Tous nos ancêtres sont ici, explique M. Tremblay, qui est aussi directeur de l’Écomusée de l’au-delà sur le patrimoine funéraire québécois. On y a déménagé les cimetières qui étaient dans le Vieux-Montréal quand la ville était fortifiée. Il y a aussi les cimetières extramuraux de la place du Canada et du square Dorchester.»

Les cimetières sont moins visités que par le passé, a rapporté Alain Tremblay. Sans pouvoir donner l’ampleur du phénomène, il l’a expliqué par l’arrivée de la crémation et l’abandon des pratiques religieuse. «On essaie de convaincre les gens de s’intéresser aux cimetières. Ils vous appartiennent. Ils sont beaux», a-t-il dit, rejetant tout de go les préjugés voulant qu’un cimetière soit un endroit lugubre.

L’importance des monuments
De 1870 à 1930, c’était «l’âge d’or de la commémoration». «C’est une époque où, sur les places publiques, on érigeait beaucoup de monuments pour se souvenir de l’histoire, a raconté M. Tremblay Ce qu’on faisait sur les places publiques, on le faisait aussi dans le cimetière. C’était une époque faste où on faisait beaucoup de grands monuments.»

Les familles venaient alors passer quelques heures dans les cimetières pendant les week-end, a raconté Julien Desormeaux, qui est à l’emploi du cimetière Notre-Dame-des-Neiges et qui est bénévole auprès de Patrimoine funéraire Montréal. «Ils s’habillaient bien et ils venaient rendre hommage à leurs ancêtres, a-t-il mentionné.

«Il y avait même un règlement dans le cimetière qui prévoyait qu’on ne pouvait pas rouler plus vite que le trot avec le cheval pour éviter les accidents et on avait interdit toute forme de commerce sur les lieux parce que des entrepreneurs étaient tentés de vendre des rafraichissements», a ajouté M. Desormeaux.

Le monument de Georges-Etienne Cartier

Au fil des ans, une rivalité est née entre les familles, qui souhaitaient toutes avoir le plus beau monument, sinon le plus original. La localisation revêtait aussi une grande importance. L’entrée du cimetière Notre-Dame-des-Neiges et son point le plus élevé sur la montagne étaient particulièrement prisés. Autour de grands monuments, comme celui du fondateur de la Société Saint-Jean-Baptiste, Ludger Duvernay, ou celui d’un des pères de la Confédération, Georges-Étienne Cartier, d’autres ont été construits selon un aménagement concentrique.

«Les notables les plus importants s’installaient au pourtour [des grands monuments]», a précisé Alain Tremblay. Ce dernier a ajouté que ces regroupements de tombes, qui favorisaient l’achat de terrains, étaient aussi influencés par les allégeances politiques des défunts. Les conservateurs ont ainsi été conduits à leur dernier repos dans un même secteur du cimetière, tout comme les nationalistes et les progressistes.

«L’environnement [d’un cimetière], c’est fait pour avoir une espèce de paix avec la mort. Les cimetières du milieu du 19e siècle, c’était dans la vague où le romantisme était très à la mode avec les différents auteurs qui étaient dans ce mouvement littéraire. [Le cimetière Notre-Dame-des-Neiges] s’inscrit dans [cette vague]. Comme le Père Lachaise à Paris, le Mont Auburn à Boston.» – Julien Desormeaux, employé du cimetière Notre-Dame-des-Neiges et bénévole de Patrimoine funéraire Montréal

Le monument de Joseph Guibord

Le monument le plus controversé
En 1869, le typographe Joseph Guibord est mort. Il était membre de l’Institut canadien, qui s’intéressait aux idées des Lumières et aux politiques gauches. L’Église condamnait ce regroupement d’intellectuels et, surtout, les livres mis à l’index qu’ils consultaient dans la bibliothèque de l’institut.

À la mort de M. Guibord, sa veuve, Henriette, a manifesté son intention de le faire enterrer dans le cimetière catholique de Notre-Dame-des-Neiges. L’Église a refusé. S’en est suivie une bataille judiciaire. Le Conseil privé de Londres a finalement tranché et a autorisé l’inhumation des restes de Joseph Guibord dans le cimetière catholique. L’évêque de Montréal de l’époque, Ignace Bourget, a répliqué en désacralisant le lot où repose M. Guibord.

L’enterrement de Joseph Guibord, qui a eu lieu en 1874, s’est déroulé en présence de l’armée. «Ils ont coulé son cercueil dans le béton, a raconté M. Tremblay. Il a fallu qu’ils s’y prennent à trois reprises. Pendant six ans, le cercueil était dans le charnier du cimetière protestant.»

Pour connaître l’horaire des visites de l’organisme Patrimoine funéraire Montréal, il suffit de consulter le site de l‘Écomusée de l’au-delà.

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