Josie Desmarais/Métro Martine Ouellet

Les risques environnementaux, de sécurité et de santé publique du projet de dépotoir nucléaire de Chalk River, en Ontario, pourraient affecter des millions de Québécois si des matières radioactives contaminaient la rivière des Outaouais, ont soutenu lundi la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, ainsi que des organismes de protection de l’environnement lors d’un point de presse à Montréal. Portrait des principaux enjeux entourant ce projet controversé.

La santé publique
Situé à moins d’un kilomètre de la rivière des Outaouais, le site du futur dépotoir est également entouré d’un marais et se situe sur une ligne de faille sismique. La semaine dernière, Martine Ouellet s’est rendue dans plusieurs villes en Ontario et au Québec pour faire part de sa consternation quant au choix du lieu du dépotoir. La rivière des Outaouais se jetant dans le fleuve Saint-Laurent, «la santé de la population québécoise» serait à risque en cas de déversement de matières radioactives, a lancé la politicienne. «Le choix de mettre le dépotoir dans un marais, près d’une rivière qui nourrit des millions de personnes, ça n’a aucun sens […] On est en train de s’empoisonner collectivement», s’est quant à elle indignée la présidente de la coalition Eau Secours, Martine Chatelain.

Bien que les centrales nucléaires soient souvent situées près de lacs ou de rivières en raison de la capacité de l’eau «à stabiliser la radioactivité», Martine Chatelain croit que ce dépotoir devrait être situé dans un lieu éloigné des sources d’eau douce et des sites géologiques instables afin d’éviter la contamination de l’eau potable. Si le fleuve Saint-Laurent était contaminé, «on n’aurait pas de plan B pour aller chercher l’eau potable ailleurs», craint-elle. Les déchets nucléaires pourraient être enfouis sous terre, une solution qui n’a sans doute pas été envisagée par les Laboratoires nucléaires canadiens, la compagnie privée qui gère le site, pour des raisons financière, croit-elle.

Environnement
«Ce n’est pas un désastre soudain. C’est très graduel. Il y a déjà de la radioactivité dans la rivière des Outaouais. Ils veulent ajouter des déchets sur un problème qui existe déjà», a déploré à Métro le président du Regroupement pour la surveillance du nucléaire, un organisme sans but lucratif, Gordon Edwards. «La radioactivité est indestructible. Si tu regardes à Fukushima, ils n’ont pas enlevé un gramme de matière radioactive» depuis l’accident nucléaire majeur qui a frappé le Japon en 2011, a-t-il ajouté. Un accident sur le site pourrait donc avoir des conséquences irréversibles, selon lui, d’autant plus qu’il est impossible, à l’heure actuelle, de décontaminer l’eau ayant été en contact avec des matières radioactives.

La station nucléaire est d’ailleurs devenue tristement célèbre en 1952, en raison d’un accident majeur concernant un réacteur nucléaire qui a nécessité une vaste décontamination du site, mobilisant des centaines de personnes, a rappelé Gordon Edwards. «Le site est déjà extrêmement contaminé», a-t-il expliqué.

«Le gouvernement fédéral n’a aucune politique pour gérer ce site, on a mis ça entre les mains d’une compagnie privée qui fait ce qu’elle veut.» – Le président du  Regroupement pour la surveillance du nucléaire, Gordon Edwards

La sécurité du site
Le dépotoir nucléaire «ne sera sécurisé par aucun mur de béton ou ouvrage étanche», déplore le Bloc québécois dans un document qui sera remis dans les prochains jours au gouvernement fédéral, dans le cadre des consultations publiques sur ce projet. «Dans ce cas-ci, on voit qu’il y a un désir de sauver de l’argent. Et quand on veut sauver de l’argent, on prend des risques», a averti Martine Chatelain, qui a déploré que l’on fasse passer des enjeux financiers avant la sécurité de la population.

Martine Ouellet, qui s’est entretenue avec le ministre québécois de l’Environnement, David Heurtel, a affirmé à Métro que le ministère envisage de créer un plan d’urgence en cas de catastrophes nucléaires, ce qui représente selon elle un appui indirect à ce projet. Par voie électronique, le cabinet du ministre a indiqué que «le gouvernement se fera entendre dans le cadre de cette évaluation environnementale fédérale», sans préciser s’il approuvait ou non ce projet.

L’entrée en service du site, prévue en 2020, nécessitera l’approbation de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN).

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