Paul Chiasson Paul Chiasson / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Les archéologues qui creusent avec minutie sur le site de l’ancien parlement du Canada-Uni, dans le Vieux-Montréal, sont sur le point d’atteindre la couche fatidique qui pourrait dévoiler de précieux trésors enfouis dans les décombres du grand incendie de 1849.

Les fouilles — les troisièmes depuis 2010 — ont été entreprises à la fin de juillet afin d’en savoir plus sur l’édifice néo-classique de deux étages qui, avant le parlement, abritait le marché Sainte-Anne, place d’Youville. L’édifice est seulement connu aujourd’hui par les quelques tableaux qui le représentent.

Louise Pothier, conservatrice et archéologue en chef à Pointe-à-Callière, Cité d’archéologie et d’histoire de Montréal, qualifie le site d’unique en son genre au Canada. «Nulle part ailleurs ne trouve-t-on des vestiges aussi intacts d’un lieu de pouvoir. Qui sait, avec un peu de chance, on retrouvera peut-être des objets liés à la vie politique.»

C’est qu’un nouveau marché avait été reconstruit directement sur les ruines du parlement, sans trop retourner le sol. Ce marché a été ensuite rasé en 1901, et le terrain était jusqu’à tout récemment utilisé comme stationnement dans le Vieux-Montréal. Deux vocations qui réjouissent les archéologues: les sous-sols de ce site n’ont pas été chamboulés par le développement urbain depuis 1849, créant une «capsule historique» au-dessus du vieux parlement.

Le premier parlement permanent du Canada-Uni s’était installé dans l’ancien marché Sainte-Anne et a tenu sa première session le 28 novembre 1844. Des projets de loi déterminants pour la colonie britannique y ont été adoptés — notamment la loi sur le «gouvernement responsable», en 1848, qui est considérée comme une étape cruciale dans l’émergence éventuelle d’un État démocratique souverain.

C’est aussi là que les députés du Canada-Uni ont adopté le fameux «Bill des pertes de la rébellion», qui prévoyait d’indemniser tous les citoyens qui avaient subi des pertes lors de la Rébellion des Patriotes de 1837-1838, y compris les catholiques et les francophones qui y avaient pris part. Les Anglais, outrés, se sont rassemblés devant le parlement, qui a été complètement rasé par les flammes le 25 avril 1849.

Quelques articles seulement ont été sauvés des flammes ce jour-là, notamment un portrait de la reine Victoria, qui se trouve aujourd’hui au parlement d’Ottawa. En 2011, le député libéral Robert Kaplan avait cédé au musée Pointe-à-Callière les armoiries royales qui coiffaient le fauteuil du président de la Chambre au parlement de Montréal. L’ancien solliciteur général de Pierre Elliott Trudeau, aujourd’hui décédé, avait déniché ces armoiries dans un marché aux puces de New York une trentaine d’années auparavant.

20 000 livres

Pendant les premières fouilles, les archéologues ne s’attendaient pas à de grandes découvertes; ils ont tout de même trouvé une paire de lunettes et un service à thé, mais aussi des objets qui remontaient aux activités du marché Sainte-Anne: crochets et couteau de boucher, os d’animaux, pièces de monnaie et pesées.

Mais les possibilités de retrouver des documents ou une partie des 20 000 livres de la bibliothèque du parlement semblaient bien minces. Or, les archéologues ont découvert en 2013 les vestiges carbonisés d’une douzaine de livres, dans une couche de sol datant de l’ère du grand incendie de 1849. Ce qui étonne encore aujourd’hui Mme Pothier: «On croyait que les flammes avaient tout détruit.»

Mme Pothier et son équipe espèrent maintenant que la découverte d’artéfacts permettra de «cartographier» le parlement — les salles d’assemblées délibérantes, les bureaux, les salles à manger, les toilettes. On espère ainsi mettre au jour environ la moitié de l’ancien parlement de Montréal.

La Ville de Montréal, qui célèbre ses 375 ans cette année, a octroyé 6 millions $ aux fouilles, qui sont ouvertes au public. Les travaux pourraient s’échelonner jusqu’en novembre.

Après l’incendie de 1849, le Parlement du Canada-Uni s’est réuni en alternance à Toronto et à Québec, avant de s’installer définitivement à Ottawa en 1866.

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