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Alors que la mairesse, Valérie Plante, a dénoncé un manque à gagner de 358M$ dans les finances de la Ville de Montréal, l’opposition a accusé la nouvelle administration de se «dédouaner de leur responsabilité».

«On entend déjà [Valérie Plante dire] à quel point ça va être difficile sur certains enjeux. C’est la vieille tactique de pouvoir blâmer l’ancienne administration, car ils veulent se dédouaner de leurs responsabilités», a clamé Lionel Perez, jeudi, tout juste après son élection comme chef de l’opposition.

Ces propos surviennent quelques heures après ceux de Valérie Plante, qui a indiqué avoir découvert, à son arrivée à l’hôtel de ville, un déséquilibre des finances publiques. «C’est une surprise, mais ce n’est pas une belle surprise», a affirmé Mme Plante, lors d’une mêlée de presse. Cette dernière a néanmoins assuré que les taxes municipales n’allaient pas être majorées au-delà du taux d’inflation. «Nous allons trouver des solutions», a-t-elle insisté.

Une rencontre de travail d’urgence a par ailleurs eu lieu jeudi matin avec le comité du budget pour discuter de ce trou dans les finances publiques de la Ville de Montréal, a indiqué le cabinet de la mairesse élue. Le président du comité exécutif sortant, Pierre Desrochers, et un expert indépendant seront aussi consultés.

Valérie Plante a mentionné que son administration sera à pied d’oeuvre pour expliquer ce manque à gagner et trouver une façon de le combler au cours des prochaines jours, voire des prochains mois.

«C’est difficile comme début de mandat. 358M$, c’est beaucoup.» –Valérie Plante, mairesse élue de Montréal

Ce trou dans les finances publiques de la Ville de Montréal est notamment attribuable aux ententes touchant les régimes de retraite. L’administration sortante, qui était menée par Denis Coderre, avait aussi décidé de payer certaines dépenses avec des surplus anticipés.

Au moment de son départ, mercredi, le maire sortant, Denis Coderre, avait pourtant déclaré que son administration avant fait le ménage dans les finances publiques. «On a mis de l’ordre dans la maison, dans les finances et dans la gouvernance», s’était-il vanté mercredi.

Lionel Perrez a néanmoins tenu à dédramatiser. «Il ne faut pas faire le mélange, on parle de projections préliminaires», a-t-il expliqué, en évoquant notamment «la liste d’épicerie» des différents services.

«Projet Montréal veut essayer d’aller en peur, dire qu’il y a une surprise, a-t-il enchaîné. Au cours des quatre dernières années, lorsqu’on avait ces chiffres préliminaires, ils étaient en déficit. Ça fait partie du processus. Mais on a pu résorber ça. Pourquoi? Parce qu’on a fait des choix. Gouverner, c’est faire des choix.»

«On a pu le faire, c’est à eux de démontrer qu’ils peuvent le faire également. Et faire les choix pertinents. Si on avait été réélu, on aurait respecté nos engagements et le budget aurait été équilibré.» – Lionel Perez, chef de l’opposition

D’après la professeure de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et spécialistes des affaires municipales, Danielle Pilette, il ne s’agit pas d’un trou financier. «Ça veut juste dire que le budget 2018 n’est pas équilibré et, théoriquement, on a jusqu’au 31 décembre pour l’adopter», a-t-elle expliqué.

Les finances publiques seront rééquilibrées, selon elle, grâce à l’augmentation annuelle des taxes et à la réduction de certaines dépenses.

«Dans Équipe Coderre, probablement que la stratégie était de ramener des services des arrondissements au central pour faire des économies, a dit Mme Pilette. Projet Montréal ne va sans doute pas acheter cette stratégie.»

La nouvelle administration pourrait aussi piger dans les excédents accumulés de près de 600M$. «Mais ils ne sont pas libres, a avisé la professeure de l’UQAM. Par décision du conseil, ils sont réservés à certains projets, mais Projet Montréal pourrait dire qu’il abandonne certaines réserves et les approprier pour équilibrer le budget.» Avant de recourir à ces surplus et de payer des projets sur le long terme, la nouvelle administration devra évaluer son impact sur le service de la dette puisque 17% du budget y était consacré en 2017. «C’est assez important», a dit Danielle Pilette.

En annonçant publiquement le déséquilibre des finances de la Ville de Montréal, la professeure croit que la nouvelle administration voulait ainsi aviser les Montréalais de ne pas avoir trop d’attentes, une méthode utilisée aussi au niveau provincial et fédéral. «On ne trouve jamais l’état de santé des finances publiques qu’on voulait bien espérer pour refaire mer et monde», a-t-elle lancé.

«C’est dommage [d’utiliser cette méthode] puisque ça amène la population à penser que les municipalités sont à court d’argent, a ajouté l’experte des affaires municipales. Toutes proportions gardées, les municipalités sont en meilleure position financière que les gouvernements supérieurs parce qu’elles ne peuvent pas emprunter pour les dépenses courantes et qu’elles ont l’obligation d’équilibrer leur budget. Les gouvernements supérieurs empruntent pour les dépenses courantes et ils n’ont pas l’obligation d’avoir un budget équilibré.»

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