Collaboration spéciale

Environ 70 ménages de trois ruelles de Rosemont ont accepté d’embarquer dans un projet de chauffage grâce à un réseau géothermique creusé dans leurs ruelles.

«Le projet avait suscité de l’intérêt lors de sa présentation en mai 2016. Mais on se demandait à quel point les gens le voulaient vraiment, au point où on avait identifié la mobilisation comme le risque principal. On a été complètement surpris par l’ampleur de la mobilisation», confie au bout du fil Bertrand Fouss, cofondateur de Solon, l’OBNL derrière le projet Celsius. Les personnes intéressées représentent au moins 20% du voisinage des trois ruelles.

Le chauffage par géothermie implique de creuser des puits jusqu’à 500 pieds pour installer un réseau de tuyaux où circulera un fluide permettant d’aller chercher la chaleur du sous-sol. La chaleur sera ensuite distribuée par un réseau sous-terrain horizontal pour chauffer des résidences. «On visait initialement les maisons alimentées au gaz ou au mazout afin de réduire la production de GES. Mais ça peut aussi convenir aux ménages qui se chauffent à l’électricité. Grâce à ce système, ils auront en plus accès à la climatisation», précise M. Fouss.

Des neuf ruelles intéressées, les promoteurs du projet en ont choisi trois parmi les plus mobilisées. Il s’agit des ruelles Saint-Marc (entre les rues Beaubien et Bellechasse), Prov-herbes (entre les rues Holt et Dandurand) et de la ruelle derrière la rue Cuvillier (entre les rues Sherbrooke et Rachel).

Même si l’étude de faisabilité de 130 000$ financée grâce à des dons est presque terminée, M. Fouss attend le mois de février pour présenter le plan d’affaires, sachant que les investissements totaux sont évalués à plusieurs centaines de milliers de dollars. «On travaille sur un concept où les ménages pourraient investir dans la future coopérative énergétique, mais où système soit aussi accessible à ceux qui n’ont pas les moyens d’investir sans augmenter la facture énergétique», ajoute M. Fouss.

Pour Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire en gestion de l’énergie, ce genre de projet pourrait s’avérer difficilement rentable, s’il y a trop de maisons chauffants à l’électricité dans le projet. D’après lui, il faut investir d’abord dans l’isolation énergétique d’un édifice avant de dépenser pour la géothermie.

Du côté de la Coalition canadienne de l’énergie géothermique, on salue l’initiative. Ce genre de projet partagé est répandu en Europe, mais l’est beaucoup moins au Canada, souligne Ted Kantrowitz, PDG de l’association. «Il y aura des défis au niveau de la copropriété, de l’assurance et de la révision des règlements municipaux, mais de tels systèmes pourraient jouer un rôle important en terme de résilience des communautés face aux aléas climatiques», selon lui.

Selon l’un des résidants concernés, le défi sera aussi d’ordre relationnel. «Dans les ruelles vertes choisies, on retrouve un tissu social fort. Mais les inévitables défis qui surgiront permettront de tester la force des relations de voisinage», indique ce citoyen. Le diable étant dans les détails, le choix du lieu pour l’installation du local technique accueillant la pompe pourrait devenir un enjeu. Pareil pour les opérations de creusage.

Avant la première pelletée de terre prévue au printemps 2019, le projet Celsius devra aussi trouver des partenaires majeurs et signer des contrats avec l’arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie qui possède les ruelles. Le maire de l’arrondissement, François W. Croteau, a toutefois signifié son appui au projet et a contribué au financement de l’étude de faisabilité.

À terme, les fondateurs de Solon comptent aussi s’intéresser à la production d’énergie solaire, mais aussi grâce à la récupération de chaleur qui circule dans les égouts en plus de projet visant à solidifier l’entraide entre voisins.

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