Josie Desmarais

Le déneigement intelligent, qui entame sa quatrième année d’expérimentation, n’a pas entrainé de baisse significative des remorquages. Quant au nombre de plaintes, la baisse observée reste à confirmer, selon les données publiques soumises à Métro.

Lancé à l’hiver 2014, l’application mobile Info-Neige MTL fait partie d’un éventail des mesures visant à améliorer le déneigement à Montréal. Elle a été téléchargée 250 000 fois et permet à quelque 35 000 à 60 000 utilisateurs actifs de suivre presque en direct le déneigement des rues pour éviter le remorquage de leur auto.

Or, malgré près 100 000$ de dépenses, l’application mobile n’a pas permis de réduire le nombre de remorquages de façon significative. Selon les données de la Ville, en 2015-2016 Montréal a enregistrée 6569 remorquages par tempête. En 2016-2017, c’était 8151 remorquages et depuis le début de l’hiver, on en compte 6125 par tempête en moyenne.

Même si les comparaisons sont hasardeuses, chaque hiver étant différent, il faut savoir que le chiffre d’environ 6000 remorquages par tempête est avancé par la Ville depuis plusieurs années. «L’application devait réduire de manière significative le nombre de remorquages afin d’éviter les délais dans le déneigement. Sur cet aspect, les chiffres ne montrent pas une amélioration marquée», croit Pascal Robichaud qui talonne régulièrement l’administration municipale au sujet des données ouvertes, via son compte Twitter DO101MTL.

Les prix de l’application
L’application mobile Info-Neige MTL est le fruit d’un concours entre startups et a coûté environ 43 000$ pour la première année. Par la suite, la Ville a déboursé un peu plus de 21 000$ par an pour les mises à jour des différentes données, le soutien technique et l’hébergement. La facture depuis le début du lancement avoisine donc les 100 000$.

En comparaison, la plateforme web citoyenne Infoneige.ca offre en plus les fonctionnalités d’alertes par courriel ou texto et indique les stationnements incitatifs les plus proches. «Infoneige.ca m’a pris une cinquantaine d’heures à concevoir et nécessite une vingtaine d’heures de développement par an. Les coûts liés au serveur et au nom de domaine sont de 150$ chaque année», mentionne Christophe Deprez, un informaticien montréalais qui revendique environ 12 fois moins d’utilisateurs actifs qu’avec l’application de la Ville.

Le déneigement intelligent comprend aussi l’application Info-Remorquage permettant de savoir quatre fois plus rapidement où les voitures ont été déplacées pour laisser la place aux charrues. La Ville a aussi installé des systèmes de géolocalisation sur plus de 100 souffleuses et 900 camions de déneigement, en plus de créer l’outil informatique Planif-Neige, le tout pour 6,7M$. Cela permet notamment à la Ville d’être moins vulnérable à la fraude liée aux quantités déneigées.

L’impact sur les services
Toutes ces mesures ont-elles eu un impact sur la qualité des services? Interpelée sur les réseaux sociaux, la mairesse Valérie Plante a indiqué en début de mois que «le 311 a reçu 1500 plaintes de moins cette année concernant le déneigement». Cela englobe tous les appels au 311 enregistrés ces deux derniers hivers, entre le 1er décembre et le 8 janvier, pour des questions, des requêtes, des commentaires ou des plaintes liés au déneigement, ainsi qu’à de rues et des trottoirs glissants.

Un chiffre que Pascal Robichaud prend avec quelques pincettes. «Oui, si on regarde les statistiques par tempête, il y avait, début janvier, une baisse de moitié des appels au 311 à cause du déneigement. Mais c’est uniquement par rapport à l’hiver dernier. Car si l’on regarde par rapport à l’hiver de 2015-2016, il n’y a que 8% de différence», mentionne-t-il. Soulignons aussi que c’était avant l’épisode du verglas.

Malgré tout, la Ville assure que le déneigement intelligent porte fruits. «Sa mise en place a permis la réduction du temps requis pour la conciliation des voyages de la neige, l’accès plus rapide à de l’information juste pour le citoyen et un meilleur suivi de l’application de la politique de déneigement», mentionne Maryline Laroche-Corbeil, relationniste à la Ville.

Impossible toutefois de chiffrer ces gains, car avec la nouvelle politique du déneigement, «les responsabilités et les opérations ont été redistribuées entre les arrondissements et la ville-centre […], ce qui rend la comparaison et donc l’analyse directe des gains difficile», allègue la Ville.

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