Simon Mauvieux

Arrêté par l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), Lucy Francineth Granados, une femme guatémaltèque sans-papiers installée à Montréal depuis neuf ans, sera expulsée du pays mardi. Elle ne sortira pas du centre de détention de Laval avant son départ.

Une centaine de personnes se sont réunies jeudi devant le complexe Guy-Favreau, à Montréal, pour soutenir Lucy Francineth Granados, impliquée dans le Collectif des femmes sans statut de Montréal. Après s’être vu refuser le statut de réfugié, Mme Granados a fait une demande de résidence permanente humanitaire l’été dernier. Or, mardi matin, alors que sa demande n’avait pas encore été traitée, elle a été arrêtée par l’ASFC puis enfermée au centre de détention de Laval. Elle quittera le pays sans pouvoir sortir de détention.

La sentence a été rendue jeudi après une audition pour déterminer si elle pouvait attendre son expulsion hors du centre de détention. La présidente de la Fédération des femmes du Québec, Gabrielle Bouchard, a participé à l’audience à titre de garante. Elle devait verser une caution de 2 000$ afin de libérer Lucy Francineth Granados. «C’est triste et décevant de savoir que ses derniers jours vont être passés dans un centre de détention et non avec sa communauté», a déclaré Mme Bouchard après le verdict, déçue par la décision.

Plus tôt dans la journée, l’organisme Solidarité sans frontières a demandé au gouvernement fédéral de suspendre l’avis d’expulsion et d’accélérer la demande de résidence de Lucy Francineth Granados. Ils ont aussi demandé à la mairesse de Montréal, Valérie Plante, de prendre des mesures pour faire de la métropole québécoise une «ville sanctuaire». L’organisme soutient qu’au mois de janvier, l’ASFC aurait menacé la femme de ne pas traiter sa demande si elle ne se présentait pas en personne pour être expulsée. Un cas de «chantage illégal», ont dénoncé les militants.

«Demander un statut de résident permanent humanitaire ne donne pas accès au statut implicite», a expliqué à Métro, Jean-Sébastien Boudreault, avocat spécialiste en droit de l’immigration. Un statut implicite permet de rester sur le territoire pendant que son dossier est étudié. «L’automne dernier, ajoute-t-il, une famille du Sri Lanka a été expulsée alors que leur demande était toujours en cours.»

«J’invite les gens qui ne sont pas touchés par ces enjeux-là de s’y intéresser et, aussi, de voir comment ils peuvent aider des gens dans des situations d’immigration précaires et sans statut», a exhortée Mme Bouchard.

L’avocat milite d’ailleurs pour baisser les délais de traitement de ce genre de demande et de ne pas expulser les demandeurs pendant ce temps. «Le délai de traitement est de 29 mois, c’est excessivement long», a-t-il précisé.

Le cas de Mme Granados n’est pas isolé, soutient Frantz André, du Comité d’action des personnes sans statut, qui pointe du doigt de nombreux cas d’expulsions non médiatisés qui se produisent régulièrement, et qui continueront de se produire.

Particulièrement remonté contre le gouvernement Trudeau, qui a «instrumentalisé la communauté haïtienne pour dissuader d’autres réfugiés de venir au Québec», Frantz André soutient qu’une vague de réfugiés salvadoriens risque d’arriver au Canada dans les prochains mois. «Si on se fie au taux d’arrivée des Haïtiens [cet été], il pourrait y avoir 25 000, 30 000 Salvadoriens», avance-t-il. 200 000 à 300 000 Salvadoriens se sont retrouvés sans statut aux États Unis au mois de mars, tout comme les Haïtiens en 2017, ce qui pourrait entraîner leur arrivée au Québec.

Selon la Commission de l’immigration et du statut de réfugiés du Canada, 806 demandes d’asile venant de personnes ayant franchi la frontière illégalement ont été rejetées depuis décembre 2017. S’il est possible de faire appel à cette décision, certaines devront être expulsées du Canada en cas de refus.

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