Chantal Lévesque/archives Métro

La Ville de Montréal va créer deux nouvelles catégories de chiens : les chiens dangereux et les chiens potentiellement dangereux, peu importe leur race.

Dans le nouveau règlement sur la gestion animalière présenté jeudi, les chiens seront désormais classifiés en fonction de leur comportement. Ainsi, un chien sera considéré comme dangereux s’il mord mortellement un individu ou un animal. La bête sera rapidement euthanasiée.

Si le chien attaque ou tente de mordre une personne ou un animal , il pourrait être désigné comme étant un chien «potentiellement dangereux». À ce moment, son propriétaire devra se plier à plusieurs conditions. Il devra avoir un casier judiciaire vierge, en plus de stériliser, micropucer et vacciner son animal. Son permis coûtera 150$, comparativement à 62$ pour le permis régulier. Il devra aussi museler son chien à l’extérieur de son domicile et ne pas approcher à moins de deux mètres d’un enfant âgé de moins de 16 ans.

Avec ce nouveau règlement, l’administration de Valérie Plante ne souhaite pas cibler les chiens pitbulls, mais tous les chiens qui ont attaqué ou ont tenté d’attaquer un individu ou un animal. Désormais, une évaluation devra être effectuée 72 heures après l’incident, ce qui déterminera les mesures qui seront prises par la suite.

«Avec ce règlement, on va pouvoir faire de la prévention et agir en amont. Si un citoyen se sent attaqué, il peut nous appeler et on va [mobiliser] plus de ressources. On ne veut pas attendre que quelqu’un soit mordu par un animal. C’est pour ça qu’on ajoute un autre niveau de sécurité», a déclaré le conseiller de Desmarchais-Crawford, Serling Downey, qui a collaboré à la rédaction du règlement.

Actuellement, il y aurait 140 000 chiens à Montréal, selon plusieurs sondages, mais ce chiffre pourrait être beaucoup plus élevé, selon la Ville. Pas moins de 40 000 chiens sont officiellement enregistrés à la Ville.

Les chiens au comportement dangereux pourront être repérés grâce à l’escouade de contrôleurs, qui est composée de dix personnes. Montréal embauchera prochainement quatre nouveaux contrôleurs. L’effectif de l’escouade pourrait augmenter si la Ville reçoit trop d’appels de citoyens, a précisé le conseiller associé aux services aux citoyens et à la mobilité, Craig Sauvé. Des experts en comportement canin arpenteront également les parcs à chien pour sensibiliser les propriétaires et fournir des formations gratuites.

Dans le nouveau règlement, il est également prévu que la Ville puisse aussi refuser ou retirer un permis à un propriétaire de chien ou de chat qui a commis une infraction en lien avec la violence et le bien-être animal. Si le chien est potentiellement dangereux, le propriétaire peut se voir retirer son permis s’il commet une infraction au Code criminel «en lien avec la violence».

M. Sauvé et M. Downey ont aussi voulu adresser un message aux propriétaires de chien dangereux, les appelant à agir de façon «responsable» et à rapporter les comportements dangereux de leurs chiens.

«Les propriétaires des animaux doivent participer. Il faut qu’ils [soient] responsables», ont-ils dit.

D’autres mesures seront mises en place pour réduire la prolifération des chiens, des chats et des lapins. À partir du 1er juillet 2019, tous ces animaux vendus dans des animaleries devront provenir obligatoirement d’un refuge. À partir du 1er janvier 2020, les chats et les chiens vendus devront être stérilisés et micropucés. Les lapins devront quant à eux seulement stérilisés.

La Ville va faire en outre passer de 500$ à 300$ l’amende émise en cas de non-port de la laisse. Par contre, cumuler trois infractions de ce type pourra permettre à la Ville de retirer le permis d’un propriétaire de chien. Le propriétaire d’un chien potentiellement dangereux qui ne respecte pas les conditions de garde devra payer une amende de 750$.

La Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) a indiqué accueillir favorablement les modifications du règlement. «Le règlement mise plutôt sur la responsabilisation des propriétaires et la prévention du développement de comportements agressifs chez les chiens, en interdisant, par exemple, l’enchaînement en permanence et l’utilisation de colliers étrangleurs, à piques ou électriques», a-t-elle indiqué par voie de communiqué.

L’opposition officielle à l’hôtel de ville, Ensemble Montréal, n’avait pas prévu réagir jeudi.

Les modifications du règlement sur la gestion animalière devraient être soumises au vote au conseil de ville au mois d’août prochain et elles être mises en application dans la foulée.

Le débat entourant l’encadrement des chiens dangereux à Montréal a débuté à la suite de la mort de Christiane Vadnais, une Montréalaise mordue mortellement par le pitbull d’un voisin en juin 2016 dans l’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles.

Alors maire de Montréal, Denis Coderre avait immédiatement voulu interdire ce type de chien dans la métropole. Dans un nouveau règlement, son administration empêchait les Montréalais d’adopter un pitbull. Les propriétaires de ces bêtes pouvaient les conserver, mais ils devaient se conformer à plusieurs conditions, notamment de ne pas avoir de casier judiciaire et de montrer la preuve de stérilisation de l’animal. Une fois élue, l’administration de Valérie Plante a rapidement aboli le règlement.

La loi 128, qui porte sur l’encadrement des chiens dangereux, a été adoptée mercredi par l’Assemblée nationale. Toute notion de bannissement d’un type de race spécifique a été retirée. 

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