MONTRÉAL — Des artistes noirs qui avaient dénoncé le spectacle «SLAV», dont les dernières représentations ont été annulées la semaine dernière à Montréal, souhaitent maintenant la poursuite du dialogue sur ces enjeux difficiles, qui méritent mieux, selon eux, qu’une polarisation des discours.

En conférence de presse mercredi à Montréal, le collectif SLAV Résistance a dit espérer que toute cette controverse, qui a culminé avec la décision du Festival international de jazz de Montréal d’annuler le spectacle de Betty Bonifassi et Robert Lepage, alimentera maintenant le débat autour d’enjeux et de concepts comme le racisme, l’appropriation culturelle et le privilège blanc.

Le collectif revendique notamment une présence accrue des Noirs dans la sphère culturelle au Québec, mais aussi une plus grande diversité en général. Les manifestants lors de la première du spectacle «SLAV» dénonçaient notamment l’appropriation d’un récit de Noirs au profit de Blancs dominants, et la présence de seulement deux artistes noires sur la scène du Théâtre du Nouveau Monde.

Ricardo Lamour, du collectif SLAV Résistance, a rappelé que des membres avaient rencontré vendredi dernier des responsables de L’Équipe Spectra, qui organise le Festival de jazz, mais il a déploré que cette rencontre de quatre heures n’ait débouché sur aucun engagement concret, si ce n’est une volonté de poursuivre le dialogue.

La compositrice-interprète montréalaise Elena Stoodley, membre du collectif, a tout de même qualifié d’«expérience agréable» cette discussion qui a duré quatre heures, «parce qu’on avait beaucoup de choses à dire».

«On a vu une ouverture chez l’Équipe Spectra, une reconnaissance aussi des actions posées, un désir de continuer le dialogue et d’apprendre l’un de l’autre, a estimé Mme Stoodley, mercredi. Nous, on pense qu’on devrait continuer la conversation, en fait.»

L’importance de discuter

L’artiste a souligné l’importance de telles discussions avec divers groupes et intervenants, y compris le metteur en scène Robert Lepage. Le célèbre dramaturge et acteur avait qualifié l’annulation du spectacle par le Festival, vendredi dernier, de «coup porté à la liberté d’expression artistique».

«C’est important d’avoir les discussions difficiles, a soutenu Mme Stoodley. Si l’appropriation culturelle est un sujet difficile à traiter, c’est tout à fait normal: pour beaucoup de gens, c’est nouveau. Mais ça ne devrait pas dire qu’on devrait polariser le discours: en fait, c’est une belle occasion de pouvoir échanger et de pouvoir s’entraider à travers les diverses communautés qui peuplent le Québec.»

Quant aux autres représentations du spectacle «SLAV» prévues pour le début de l’an prochain ailleurs au Québec, le collectif soutient qu’il a déjà donné son point de vue et qu’il appartient maintenant à d’autres membres de la société de discuter dans la sphère publique des questions liées à la représentation de l’histoire des Noirs et de leurs récits.

Le spectacle «SLAV», monté en partenariat avec la compagnie artistique Ex Machina de Robert Lepage, doit être présenté au début de 2019 à Sherbrooke, Saguenay, Saint-Jérôme et Drummondville.

«Si vous soutenez le spectacle « SLAV » parce que vous voulez donner une voix aux sans-voix et faire avancer les enjeux historiques du racisme et de l’esclavage, alors vous devriez d’abord et avant tout écouter ce que les Noirs ont à dire», a estimé mercredi Mikayla Harris, du collectif SLAV Résistance.

En entrevue mardi, le directeur du Théâtre Gilles-Vigneault de Saint-Jérôme, David Laferrière, qui doit accueillir «SLAV» le 23 janvier, promettait d’organiser en parallèle des activités afin d’aborder les enjeux soulevés par cette affaire et d’encourager le dialogue dans la communauté.

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