Josie Desmarais

Pour réduire les risques d’accident impliquant des poids lourds, le Ville de Montréal teste actuellement des caméras sur trois de ses véhicules. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) invite toutefois les piétons et les cyclistes à demeurer vigilants à proximité d’un camion.

«Nous travaillons actuellement avec Transports Canada pour le système Mobileye, a affirmé l’ingénieur de la Ville, Minh Hoang Le, en conférence de presse mercredi. C’est un système de caméras qui détecte les cyclistes ainsi que les piétons et qui donnent le signal à l’opérateur. Ils sont en test présentement et on attend d’avoir un feedback des opérateurs.»

Environ 70% des chauffeurs qui ont mis à l’épreuve le système de caméras se sont dit satisfaits, selon M. Le. La Ville n’a pas compilé l’ensemble des données, mais les commentaires négatifs faisaient habituellement référence à des réglages fins, comme le volume du signal, a-t-il dit.

Le SPVM a voulu rappeler que c’est en faisant preuve de jugement avant tout que les usagers de la route pouvaient réduire les risques de collision. «On a connu déjà cette année trois accidents mortels qui impliquaient des véhicules lourds, a fait remarquer le sergent à la section de la sécurité routière Jean-Bruno Latour. L’an passé, 11 collisions. Bon an mal an, c’est trop.»

La dernière collision mortelle à Montréal est survenue le 10 juillet dernier, lorsqu’un homme de 65 ans a été happé mortellement par un camion sur le boulevard Gouin, avant d’être traîné sur plusieurs mètres. En plus des trois morts enregistrés jusqu’ici en 2018, dix cas de blessures graves ont été signalés par le SPVM. En 2017, 14 blessures graves avaient été répertoriées. 

D’autres mesures
Depuis 2017, la Ville s’est engagée à équiper tous ses véhicules lourds de barres latérales afin d’éviter que des piétons ou des cyclistes glissent en-dessous. «Un système très courant en Europe», selon M. Le.

Si les protecteurs latéraux réduisent les risques qu’un piéton soit traîné sur plusieurs mètres sous un camion, la Ville aurait avantage à regarder dans d’autres directions pour ses poids lourds, selon le chercheur en sécurité routière à l’École polytechnique de Montréal, Julien Dufort.

«Dans notre réalité ici au Canada et au Québec, les accidents surviennent surtout lors d’un virage à droite. Les barres latérales n’ont aucun effet dans ces cas-là. C’est quelque chose que la Ville a installé sur leurs véhicules, mais ce n’est pas quelque chose qui peut être efficace dans la majorité des cas.»

M. Dufort considère que l’installation de miroirs antéviseurs — comme sur les autobus scolaires — est la solution la plus efficace, mais il reste ouvert à la mise en place de radars et de caméras. La Ville teste actuellement quelques miroirs du genre dans le cadre d’un projet pilote avec Polytechnique Montréal.

«Ce n’est pas une solution parfaite [les miroirs], c’est une solution qui va améliorer la détection des piétons, et c’est assez simple et peu coûteux, a-t-il précisé. Par contre, ça n’empêchera pas toutes les collisions. Il y a une part importante des deux côtés, où il doit y avoir de la vigilance.»

Et l’industrie privée?
L’Association du camionnage du Québec (ACQ) prend une part de responsabilité dans les accidents réguliers qui ont lieux dans les rues de la métropole.

«Chacun dans nos milieux, nous avons des devoirs à faire, a déclaré le président-directeur général de l’ACQ, Marc Cadieux. Nous travaillons étroitement avec les centres de formations au Québec. C’est un programme de 615 heures, dont 400 heures dédiées à la conduite. Ça inclut tous les éléments de partage de la route.»

Interrogé sur les instruments de sécurité, M. Cadieux a voulu donner son aval à leur installation, tout en rappelant que des tests étaient toujours nécessaires. «Vous allez très rarement voir un camion sans miroirs antéviseurs, a-t-il observé. De plus en plus, c’est une façon rapide et efficace d’arriver avec une pièce d’équipement. Les manufacturiers sont très sensibles à l’assistance à la conduite.»

Le SPVM a de son côté rappelé que l’ajout de composantes était bienvenu, avec des limites. Le sergent Latour invite les usagers de la route à engager un contact visuel avec les conducteurs de poids lourds.

«C’est pratiquement un cockpit d’avion, ces véhicules lourds-là, a-t-il illustré. Rajouter des caméras et des écrans, tout comme dans les automobiles, c’est distrayant. Il faut des éléments qui vont rendre la sécurité facile. Le plus simple d’après moi, c’est la prévention, parce que les angles morts vont toujours exister.»

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