Yves Provencher/Métro Le campus de l'Université McGill.

Le sénat de l’Université McGill, plus haute institution de l’établissement d’enseignement, a adopté hier une motion pour affirmer son soutien au désinvestissement des combustibles fossiles, après que des représentants de plusieurs facultés, des étudiants, des membres du personnel administratif et des enseignants aient voté massivement en ce sens.

Il y a maintenant six ans que Divest McGill, un organisme luttant contre les investissements des universités québécois dans le secteur des énergies fossiles, se mobilise auprès de la direction de son campus. En 2016, le conseil d’administration de l’université avait voté contre le désinvestissement, malgré des actions répétées de l’organisation étudiante. Celle-ci affirme aujourd’hui que le vote du sénat constitue «un important revers pour le CA», qui se voit contredit par l’une des plus hautes instances de l’établissement. La motion votée représente une étape essentielle «sans précédent à McGill», ajoute le comité étudiant.

Dans leur rapport, les sénateurs critiquent notamment «le manque de rigueur intellectuelle» du document rédigé par le comité de recommandation en matière de responsabilité sociale (CAMSR), rendu public il y a deux ans déjà.

Ce rapport, qui rejetait le désinvestissement des énergies fossiles, «soutenait que cette industrie n’engendre pas un tort social environnemental grave, et ce, sans fournir d’évidence suffisante», a martelé Divest McGill via un communiqué, condamnant un processus «précipité et manquant de transparence». Le conseil d’administration aurait approuvé le rapport en un jour à peine, allègue également l’organisme.

Un prof indigné

À l’origine, la motion a été présentée au sénat par un professeur de l’Université McGill et membre du Regroupement des professeurs et bibliothécaires pour le désinvestissement (MFL4D), Gregory Mikkelson. Celui-ci aurait demandé à l’institution de «passer à l’action», comme l’ont déjà fait l’Université Laval à Québec ou l’Université Oxford aux États-Unis.

Il s’est même permis d’évoquer des précédents en lien avec d’autres désinvestissements. En 1985, l’Université McGill avait coupé les liens avec des entreprises soutenant l’apartheid en Afrique du Sud. Idem pour l’industrie du tabac, en 2007. «C’était gratifiant de voir le bon travail d’autant d’individus porter fruit aujourd’hui, a noté le professeur. Par leur prise de position, les sénateurs ont contribué à rapprocher McGill de son rôle de leader en ciblant directement la production des énergies fossiles», a indiqué le professeur Mikkelson.

Un membre très impliqué au sein de Divest McGill, Jed Lenetsky, a pour sa part insisté sur le symbole que représente le geste du sénat. Selon lui, les membres de l’institution «ont ressenti la responsabilité de dénoncer et de s’objecter à la position honteuse prise par le conseil d’administration».

«Maintenant, le fardeau repose sur les épaules des membres du CAMSR, qui se devront de reconsidérer leurs recommandations et de produire un rapport qui s’appuie véritablement sur des évidences. Ça doit refléter les standards académiques et éthiques de base ainsi que les valeurs de la communauté McGilloise.» -Jed Lenetsky, étudiant et membre de Divest McGill

L’appui du sénat à la campagne de Divest McGill s’ajoute à une longue série de soutiens depuis quelques années. L’Association étudiante de l’Université McGill, l’Association étudiante des cyclistes supérieurs de l’Université McGill, l’Association des professeur(e)s et bibliothécaires de McGill, la Faculté d’arts et de droit et l’École d’environnement sont déjà derrière le projet.

Partout dans le monde, le désinvestissement des énergies fossiles s’inscrit dans un mouvement environnemental global qui demande aux institutions de retirer leurs investissements dans ce secteur, étant donné la nuisance sociale et environnementale en découlant. Jusqu’ici, pas moins de 985 institutions ont pris l’engagement de s’en désinvestir sur la planète, permettant à l’idée de se développer rapidement.

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