Josie Desmarais

Plus de 35 ans après la controverse sur la mise en valeur de l’avenue McGill College, les «Champs Élysées» montréalais pourraient de nouveau voir s’affronter deux visions du développement. Alors que la consultation publique de l’OCPM sur la quasi piétonisation de l’avenue débute jeudi par une séance d’information, Métro fait le point.

Histoire

En 1984, le groupe Cadillac Fairview tente depuis deux ans de construire sur l’avenue un immense centre commercial, qui hébergerait même l’Orchestre symphonique de Montréal. Problème majeur: la rue serait complètement coupée en deux par une immense construction qui, quoique vitrée en principe, couperait la vue sur le mont Royal.

Même si le projet est approuvé par le maire Jean Drapeau, l’opposition est forte et finit par faire entendre raison à l’administration municipale, qui accepte finalement de revoir leurs plans. Les énormes fosses d’arbres fleuries datent d’ailleurs de cette époque.

Cité dans l’étude de caractérisation réalisée par le firme Jonathan Cha dans le cadre de la réalisation de la promenade Fleuve-Montagne, l’architecte Jean-Claude Marsan souligne que la revitalisation de l’avenue, achevée en 1989, «témoigne de l’éveil d’un intérêt collectif relativement à la mise en valeur des éléments qui contribuent à fonder l’identité de Montréal […] tout en livrant un message non équivoque aux politiciens et aux promoteurs, signalant que la ville n’était pas à vendre aux plus offrants».

Critiques

Si la partie sud de l’avenue, près de la Place Ville Marie, est plutôt animée grâce aux terrasses extérieures des café et des restaurants, la partie au nord de la rue Sainte-Catherine fait pâle figure. «Il faut reconnaître que ce fut une bêtise de permettre à McGill Collège de se développer sans la présence de commerces de détail attrayants donnant directement sur les trottoirs.

Cette succession de tours à bureaux aveugles au niveau de la rue, lui donne un caractère qui se rapproche davantage de celui, morne et triste, du boulevard de Maisonneuve que de celui des Champs-Élysées de Paris», mentionne M. Marsan dans le même rapport.

Maintenant au pouvoir, Projet Montréal veut tenir sa promesse de créer «une place publique verdie et animée permettant de maintenir une zone commerciale accueillante forte et diversifiée pendant les travaux de revitalisation de la rue Sainte-Catherine».

Le secteur compte 337 000 travailleurs et 3800 piétons passent aux principales intersections à l’heure du midi, soit sept fois plus que le nombre de voitures.

Aujourdhui

À la Place Ville Marie, les travaux vont bon train pour créer un escalier monumental vers l’avenue McGill Collège et ainsi ouvrir l’esplanade vers la rue.

Pour le reste, le concept d’aménagement de la firme Provencher-Roy consiste à ne garder qu’une seule voie de circulation sur quatre et de n’avoir des arbres que sur les côtés, afin d’améliorer la vue et la déambulation.

Alors que la partie nord est plutôt florale et rocailleuse, la partie centrale s’ouvre sur le Montréal souterrain, par la présence de kiosques commerciaux de qualité, de même que l’édicule de la future station du Réseau express métropolitain (REM) qui mettra l’UdeM à 3mn du centre-ville.

La partie sud favorisera les rencontres avec la présence de terrasses, d’une fontaine et d’un éclairage à la fois théâtral et intimiste. Lors de la consultation qui débute jeudi par une séance d’information la Ville présentera un nouveau document qui complète sa vision. Le processus de consultation aboutira en janvier au dépôt d’un rapport. Le programme d’aménagement sera précisé au printemps 2019.

Défis

S’il est d’accord avec donner plus d’importance à l’aspect déambulatoire et piétonnier de l’avenue, Dinu Bumbaru, d’Héritage Montréal, «craint que la consultation donne trop de place au design et qu’on oublie l’esprit du lieu».

M. Bumbaru, qui a participé à la bataille de 1984, souligne que l’aménagement de cet axe historique, qui établit un lien visuel entre le mont Royal, qui a donné son nom à Montréal, et la Place Ville Marie, doit être fait dans un souci de créer un véritable legs. Bref, il aimerait que les efforts collectifs d’il y a 30 ans soient mieux reconnus et que les erreurs du passé ne soient pas répétées.

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