Yves Provencher/Métro

L’arrivée des albums et des pistes numériques semble avoir sonné le glas des supports physiques dans le monde de la musique. Pourtant, alors que le CD agonise, le disque vinyle connaît un regain de popularité depuis quelques années.

Terminée, l’époque où les gens s’entassaient dans les magasins de disques à la sortie du nouvel album de Jean Leloup ou de Madonna. Maintenant, on peut écouter des extraits d’un nouvel album avant même qu’il soit en vente, et surtout, on peut l’acheter en ligne. Les ventes de CD en témoignent : au Québec, elles ont connu un déclin de 40 % depuis 2004, selon l’Observatoire de la culture et des communications du Québec.

Pendant ce temps, les ventes d’albums et de pistes numériques ne cessent d’augmenter.

Mais cela ne mène pas pour autant à la mort des supports physiques en musique, puisque parallèlement, le disque vinyle poursuit sa montée depuis quelques années. Les amateurs de musique sont de plus en plus nombreux à se tourner vers ce support, reconnu pour sa qualité sonore et sa valeur esthétique.

Bien que ce nombre représente une faible proportion tous supports confondus, il est en constante évolution. Au Canada, seulement de 2010 à 2011, le disque vinyle a connu une augmentation de 51 %, selon les chiffres de Nielsen Soundscan. Les gens ne magasinent donc plus seulement des vieux vinyles de Pier Béland dans des ventes de garage, mais peuvent acheter le nouvel album de Marie-Pierre Arthur sur ce support rétro.

C’est ce qui fait que, pendant que des boutiques de CD usagés ferment leurs portes à Mont­réal, d’autres, comme Aux 33 tours, sont en pleine expansion. La boutique située sur la rue Mont-Royal, spécialisée en vente et achat de disques vinyles, a même agrandi ses locaux il y a trois mois. Le propriétaire, Pierre Markotanyos, ne cache pas que si ses affaires vont bon train, c’est qu’il ne compte plus sur la vente de CD. Lorsqu’il a ouvert ses portes, en 2007, il avait environ 10 000 CD et 10 000 vi­nyles en stock. Aujourd’hui, le propriétaire évalue que sa boutique est composée d’environ 60 000 vinyles et de quelque 6 000 CD.

«Le CD n’est plus un objet désirable, affirme M. Markotanyos. Le vinyle reste intéressant, parce qu’en plus de correspondre à la mode rétro, il est davantage perçu comme un objet d’art.»

Alors que le contact avec l’objet physique s’est un peu perdu à coups de «drag and drop», le vinyle représente le rituel, le contact avec la musique. La pochette, beaucoup plus grande que celle d’un CD, est une véritable œuvre d’art et comporte plus de détails exhaustifs sur l’artiste et la composition de l’album.

Et c’est sans compter la qualité du son, beaucoup plus riche, plus chaud, sur un disque vinyle. Il faut préciser qu’un CD est seulement un échantillon d’une bande maîtresse, rappelle M. Markotanyos. Le son ne sera donc jamais autant de qualité que sur un bon vieux 33 tours.

«Il y a une espèce de chaleur subconsciente que les gens entendent en écoutant un vinyle, ajoute-t-il. Et c’est sûr que le snap-crackle-pop, le petit pétillement qu’on entend sur un vinyle, est apprécié de bien des gens.»

Les nouveaux albums qui sortent sur vinyle ont également l’avantage de contenir un code pour permettre à l’acheteur de télécharger l’album numérique et de pouvoir ainsi l’écouter sur son iPod.

«C’est le meilleur des deux mondes», croit Julien Boumard-Coallier, qui a terminé il y a quelques mois une maîtrise intitulée «Les pratiques du vinyle et la nostalgie».

Selon lui, la renaissance du vinyle suit une tendance rétro déjà présente dans plusieurs sphères, comme les vêtements ou les appareils photo. Une espèce de nostalgie d’une époque qu’on n’a peut-être pas vécue.

«On veut créer une mémoire; par exemple, avoir une bibliothèque pour pouvoir classer ses vinyles, les sortir, les regarder. C’est une sorte d’affection pour une époque révolue.»

C’est pour cette même raison que Julien Boumard-Coallier croit qu’il ne faut pas nécessairement clouer trop vite le cercueil des disques compacts. Sans vivre la même résurrection que le disque vinyle, peut-être le CD connaîtra-t-il une deuxième vie dans 15 ou 20 ans.

«Un peu comme le rock des années 70 revit à travers les vinyles de cette époque, peut-être qu’on va ressortir des vieux CD, qui représentent une autre époque», prédit-il.

Ne soyez pas surpris, donc, si dans 15 ans vos enfants ressortent votre vieux système de son ainsi que vos CD de Nirvana et de Pearl Jam pour revivre l’époque grunge des années 1990!

Out, le CD!
Le propriétaire de la boutique Aux 33 tours, Pierre Markotanyos, confirme que beaucoup de gens veulent se débarrasser de leurs CD, les ayant tous numérisés dans leur ordinateur.

«Il n’y a plus d’argent à faire avec ça», ajoute celui qui vend des CD usagés à un prix variant entre 0,99 $ et 4,99 $ – cela ne représente que 8 % de son chiffre d’affaires.

«Une dame est arrivée avec environ 800 CD à la boutique l’autre jour. Là-dessus, je lui en ai acheté environ 200. Elle m’a dit : “Garde les autres, je ne sais plus quoi faire avec, ça n’a plus de valeur!”»

Quelques chiffres
Voici quelques statistiques provenant de la compagnie Nielsen Soudscan concernant les ventes des différents supports musicaux au Canada pour les dernières années :

  • Les ventes de CD sont passées de 39,8 millions, en 2007, à 14,4 millions, à ce jour, en 2012.
  • Les ventes de vinyles sont passées de 14 000, en 2007, à 88 000 copies en 2011.
  • 2,2 millions d’albums numériques ont été vendus en 2007. Jusqu’à maintenant, 8,2 millions ont été vendus en 2012.

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