Pablo A. Ortiz

Une foule de Montréalais, curieux ou collectionneurs, s’est rendue dimanche matin à la vente de garage de la Société de transport de Montréal (STM), au garage Bellechasse. Des centaines d’objets cultes, comme des panneaux de station ou des sièges de métro, étaient à vendre, et les acheteurs étaient au rendez-vous.

Personne ne devait s’attendre qu’à 9h50, soit dix minutes avant l’ouverture de la vente, une file de près de 100 mètres s’était déjà constituée le long de la rue Bellechasse, rassemblant plusieurs centaines d’acheteurs potentiels.

Le président du conseil d’administration de la STM, Philippe Schnobb, a confié à Métro qu’il ne risquait pas d’y avoir d’autres ventes de ce type de sitôt, puisque l’entièreté du matériel ancien de la STM était présente dans le garage Bellechasse, qui sera démoli prochainement. «On doit vider le garage parce qu’on va le démolir. On s’est dit que la meilleure façon de faire ça serait de permettre au plus grand nombre d’acquérir ces objets», a-t-il dit. Il faudra attendre quelques années avant que de nouveaux panneaux ou des wagons soient remplacés pour espérer acquérir un précieux objet de la société de transport.

Thierry Piron faisait partie des premiers à entrer dans l’entrepôt. Il attendait devant la porte depuis 7 heure le matin, soit trois heures avant l’ouverture. Casquette de la STM sur la tête, il est chef opérateur: il supervise les autobus sur la route et intervient lorsqu’ils ont des problèmes. Sous le bras il portait une enseigne de la station de métro Beaubien, et une curieuse boite vitrée.


Photo: Pablo A. Ortiz

«C’est une ancienne boite de perception, explique-t-il. Avant qu’on ne fasse des boites pour les cartes OPUS, on mettait l’argent dedans. Elles ont été retirées en 2002». Nostalgique, M. Pirron raconte que ces boites lui évoquent sa jeunesse, à l’époque où il prenait le bus et insérait une pièce dans la boite pour se rendre à l’école.

«Je vais en faire une tirelire, mettre la petite monnaie dedans et quand ce sera plein, je vais partir en vacance. On peut entrer entre 300 et 400$ en pièce là-dedans», s’est-il exclamé.

Ces boites de perception, la STM en a près de 900 en vente, au prix de 100$. Et force est de constater qu’une bonne partie des acheteurs présents dimanche sont repartis avec la lourde boite métallique sous le coude.


Photo: Pablo A. Ortiz

Carlos Gotay est reparti de la vente avec les panneaux des stations de métro qu’il a le plus fréquenté dans sa vie, Henri-Bourassa et DuCollege. Mais le Salvadorien d’origine a un trésor bien plus précieux, qu’il n’a pourtant pas acheté dimanche. Il a sorti un épais livre jaune de son sac, où sont insérées religieusement des cartes de métro. La première, raconte-t-il, c’est celle qu’il a achetée le jour où il est arrivé au Québec, le 11 janvier 1984. À l’époque, le tarif mensuel pour étudiant était de 9,25$.


Photo: Pablo A. Ortiz

C’est sa vie qui défilait à mesure qu’il tournait les pages, puisqu’il a conservé depuis plus de 20 ans chaque ticket mensuel, à l’exception de quelques-uns. Finalement, le livre se termine avec la carte OPUS, qui, mois après mois, année après année, ne change pas, contrairement aux centaines de tickets mensuels qu’il a conservés, presque tous différents les uns des autres. «J’aime garder les choses, a-t-il confié. Des fois je me dis que je suis fou… Ma femme me dit ça en tout cas», a-t-il lancé en riant.

Au travers des allées où s’entassent des objets métalliques sortis d’un autre temps, des compteurs de vitesse mécaniques de métro, des vieilles portes ou des panneaux inutilisés depuis 60 ans, c’est un véritable retour en arrière qui s’opère, et qui semble avoir enthousiasmé les nostalgiques, mais aussi les jeunes, venus en grand nombre acheter la pancarte de leur station de métro. Il n’a fallu que quelques minutes pour que les Rosemont, Mont-Royal ou Laurier s’arrachent des étagères poussiéreuses du garage.

Un peu d’histoire

Les boites de perception sont probablement les objets les plus anciens vendus dimanche. Elles datent des années 1920 et servaient à payer son passage, dans les tramways d’abord, puis dans les bus. Elles ont été retirées en 2002 et attendent depuis tout ce temps dans le garage Bellechasse de servir à nouveau à quelque chose.

Benoit Clairoux est relationniste à la STM, mais il porte aussi une casquette d’historien de la société de transport. Il peut citer sans hésitation le jour exact de l’apparition des autobus à Montréal, le 22 novembre 1919. À l’époque, explique-t-il, il y avait seulement deux autobus sur l’île, «le tramway régnait en maitre, mais il y avait des problèmes d’aiguillage sur la rue Bridge, qui s’appelait la rue Saint-Étienne. Alors, on a essayé l’autobus, et c’est seulement en 1925 qu’on a commencé à avoir de vraies lignes qui ont remplacé progressivement le tramway, jusqu’en 1956, où il a disparu», énumère-t-il.

Symbole du Montréal des années folles, le tramway n’a pas toujours été électrique, note l’historien, qui révèle qu’ils ont été tirés pendant plusieurs années par des chevaux. «Il fallait deux chevaux pour un tramway et en montée, on ajoutait deux autres chevaux. C’était entre 1861 et 1894», précise-t-il.

Plus de 60 ans après la fin des tramways, la métropole, tout comme la capitale pourrait réentendre parler des wagons extérieurs qui roulent au milieu des rues.

En campagne électorale, la Coalition Avenir Québec a promis de construire un tramway dans l’est de l’ile. «Ce n’est pas à nous de décider s’il y aura un tramway, mais c’est sur qu’on est prêt quoiqu’il arrive à offrir le service», a affirmé M.Clairoux, plutôt enthousiaste à imaginer le retour du tramway dans les rues de Montréal.

Les profit engrangés par cette vente, soit quelques dizaines de milliers de dollars, sera reversée à Centraide et la Croix rouge, notamment.

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