Daphné Caron/Métro «Il faut passer de la diversité culturelle à la culture de la diversité», croit Jérôme Pruneau.

Le milieu des arts et de la culture doit s’unir en faveur de davantage de diversité, a plaidé mardi Diversité artistique Montréal (DAM), mardi, lors du dévoilement d’un rapport sur le racisme systémique.

DAM a entendu 55 artistes, professionnels des médias ou du milieu culturel, des étudiants et des citoyens racisés qui ont déjà vécu des expériences de racisme systémique. De ces entretiens, l’organisme produit 31 recommandations pour le milieu culturel, médiatique et politique, dans le but d’accroître la représentativité des personnes racisées, qui font encore face à de nombreux obstacles. L’organisme travaille avec plusieurs institutions culturelles montréalaises – des théâtres notamment – pour les aider à s’outiller et à les conscientiser aux enjeux de diversité.

«Le jour où les institutions vont agir sur ces questions et mettre en place, peut être des quotas, peut être des politiques, là on pourra avancer sur ces questions de façon plus macro. Il faut encourager les grandes institutions à prendre le train en marche pour qu’elles deviennent des locomotives», a expliqué le directeur général de DAM, Jérôme Pruneau.

Pour lui, l’implication des institutions culturelles et artistiques est la condition pour arriver à une réelle représentation des artistes autochtones et de la diversité. Des représentants d’un grand nombre de ces institutions étaient d’ailleurs présents mardi au dévoilement de l’étude. Un bon signal, selon M. Pruneau.

Si la situation s’améliore, selon lui, le problème ne sera réglé lorsque le public pourra constater ces changements. «Les signes, ça va être un changement dans le discours et la reconnaissance de ces questions. On verra plus de personnes racisées à la télévision, dans les médias, mais aussi dans les lieux de décisions. C’est un ensemble d’éléments», a-t-il précisé.

La directrice artistique du Théâtre du Nouveau Monde (TNM), Lorraine Pintal, a encore en mémoire les polémiques autour du spectacle SLAV et Kanata, cet été. Pour elle, ces événements ont créé une prise de conscience.

«Ça a aiguisé notre regard, a-t-elle décrit. Il est certain que ces événements nous ont amenés à voir cette réalité-là autrement. On a préconisé la tenue d’un comité artistique plus ouvert sur la diversité», a-t-elle ajouté, affirmant que la saison 2019-2020 du TNM sera plus diversifiée.

Parmi les recommandations de DAM, la question des quotas est celle qui sera la plus débattue par le milieu. L’organisme préconise en effet d’intégrer des quotas «non chiffrés», ou «des seuils de conscience» dans les conseils d’administration, les comités de sélection ou les jurys par exemple. Pour M Pruneau, l’idée n’est pas d’imposer un nombre défini de personnes issues de la diversité, mais de démarrer une réflexion et des actions concrètes.

«Le mot est violent, mais c’est surtout de se dire quels mécanismes ont met en place dans nos institutions pour démarrer le fait qu’on va avoir de la représentation et qu’on se l’impose», a-t-il tempéré.

Pendant la présentation, un groupe de trois artistes de la diversité étaient présents sur la scène pour peindre une œuvre collective. Wecan-collectif utilise justement l’idée de la diversité et de la mixité dans leur pratique artistique pour faire tomber les barrières et créer un dialogue.

Keithy, Benz et Sanedlu, les trois artistes, ont écouté la présentation de DAM pendant qu’ils peignaient. En tant qu’artistes de la diversité, ils partagent le constat de l’organisme et leurs revendications.

La question du racisme systémique, ont-ils dit, est très délicate puisqu’elle s’inscrit insidieusement dans les rapports sociaux. Ils en ont vécu, mais sans forcément s’en rendre compte sur le coup.

«On te fait croire que c’est normal. Quand tu la vis, tu finis par croire que tu paranoïes. C’est vraiment en partageant des réalités avec des amis québécois blancs et des amis québécois de plusieurs origines qu’on comprend qu’il y a quelque chose qui cloche», ont-ils poursuivi.

S’ils n’approuvent pas forcément l’idée de quotas, ils regrettent de devoir en arriver là pour garantir plus de diversité. La question est complexe, ont-ils lâché.

La dernière recommandation de DAM concerne le gouvernement, puisque l’organisme lui demande de mettre sur pied une commission d’enquête sur le racisme systémique sur tous les aspects de la société. Une telle commission avait débuté pendant le mandat de Philippe Couillard, avant d’être remplacée par une consultation publique, un recul critiqué par de nombreux organismes, dont DAM, qui ont décidé de tenir leur propre consultation, dont émane ce rapport.

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