Yves Provencher/Métro Jacinthe, 10 ans, Louis, 12 ans, et Louis-Antoine, 11 ans, ont eu droit à un avant-goût du Festival Montréal joue, mardi, à la bibliothèque Frontenac.

À l’approche de la relâche scolaire, le réseau des bibliothèques de Montréal s’associe aux industries du jeu vidéo et du jeu de société pour la première édition du Festival Montréal joue. Deux semaines d’activités visant à «dépoussiérer» les bibliothèques et, surtout, à amener les jeunes à prendre contact avec la culture. «On accuse un grand retard au Québec : les bibliothèques sont perçues comme des lieux austères plutôt que des lieux de plaisir», explique la directrice associée de Bibliothèques de Montréal, Louise Guillemette-Labory. Pour remédier à la situation, plus de 35 bibliothèques montréalaises offriront, du 23 février au 10 mars prochains, des tournois, des conférences et des animations entièrement centrés sur les jeux vidéo et les jeux de société.

La genèse du Festival Montréal joue remonte à 2008. À la suite des événements ayant mené à la mort du jeune Freddy Villanueva, la bibliothèque de Montréal-Nord avait acquis des consoles de jeux et lancé des soirées d’animation. Le but était d’amener les jeunes du quartier à se côtoyer dans un environnement stimulant, où ils pourraient approfondir ensemble certaines passions. «On attendait 50 jeunes, il en est venu 150», se réjouit Mme Labory. Depuis cette première expérience concluante, au moins cinq arrondissements disposent de consoles de jeux.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire avec l’avènement du livre électronique et avec la multiplication des contenus gratuits sur le web, les bibliothèques montréalaises ne sont pas en baisse d’achalandage. Au contraire, les statistiques de 2010 font état de 6,4 millions de visites, pour plus de 9 millions de prêts. Une augmentation de 30 % par rapport à 2006.

L’engouement suscité par le Festival Montréal joue auprès de l’industrie du jeu vidéo témoigne de cette vivacité. Tous les grands concepteurs de jeux vidéo installés à Montréal (Ubisoft, Warner Bros., Electronic Arts, Eidos) seront de la partie cet hiver afin de proposer des activités aux jeunes, incluant des visites de leurs studios.

«Le domaine du jeu vidéo offre des métiers passionnants. À terme, le fait d’ouvrir nos portes pourrait inciter certains jeunes à rester à l’école et à se lancer dans le domaine», commente le vice-président et chef de studio chez WB Games Montréal, Martin Carrier. Ce dernier perçoit un lien naturel avec la bibliothèque dans les connaissances qui entrent aujourd’hui dans la conception d’un jeu vidéo (écriture, graphisme, musique, etc.). «Enfin, on retrouve les jeux vidéo à leur point d’origine», s’exclame-t-il.

De ce point de vue, les responsables et partenaires du Festival Montréal joue s’entendent pour dire que le jeu ne sert pas ici d’appât pour les jeunes. Le jeu est intéressant en lui-même, au même titre que les livres, insiste le chargé de projets chez le producteur de jeux de société Filosofia, Jérôme Cormier. «C’est la première fois que ce type de projet est lancé par les bibliothèques. Pour nous, c’est une forme de reconnaissance du ludique comme un bien culturel à part entière», soutient-il.

Montréal ville ludique
L’événement Montréal joue constitue «la reconnaissance de ce qui se passe ici sur le plan ludique», affirme le chef de studio chez WB Games Montréal, Martin Carrier.

Bien sûr, Warner Bros., Ubisoft et Eidos ont des studios à Montréal, mais il n’y a pas que les jeux vidéo de ces grandes firmes qui rayonnent internationalement. «On en entend moins parler, mais plusieurs petites compagnies de trois ou quatre employés, ici même à Montréal, sont connues partout dans le monde pour leurs jeux de société», note Louise Guillemette-Gaboury.

Partenaire du festival, Filosofia est le plus important producteur de jeux de société francophones du monde et il est basé à Montréal. «C’est une industrie en plein essor, confirme le chargé de projets Jérôme Cormier. Avant, il fallait passer par des éditeurs européens, tandis qu’aujourd’hui on fait de plus en plus affaire avec des auteurs et des éditeurs d’ici.» L’entreprise s’implique aussi régulièrement dans les bibliothèques de quartier, où ses employés animent des séances de jeu.

Aussi dans Montréal:

blog comments powered by Disqus