Benoit Labonté s'est confié à la journaliste Marie-Maude Denis, de Radio-Canada, pendant près de trois heures.

Benoit Labonté est sorti de l’ombre, hier, pour la première fois depuis son départ fracassant dimanche du parti Vision Montréal, dirigé par Louise Harel.

Dans une entrevue de près de trois heures accordée à Radio-Canada et diffusée ce soir, l’ancien lieutenant de Mme Harel s’est livré à une sortie en règle contre Vision Montréal, mais aussi contre le parti du maire Gérald Tremblay, Union Montréal, avec qui il s’est d’abord fait élire en 2005.

Déclarant ne pas vouloir être le seul bouc émissaire d’un système bien implanté, M. Labonté a cherché à faire la lumière sur le financement occulte sous lequel croule le monde municipal.
«Est-ce qu’il y a un système mafieux qui gère la ville de Montréal? La réponse, c’est oui, a-t-il déclaré. [Ceux qui gouvernent] en savent probablement plus que moi. Imaginez, je n’étais que chef de l’opposition.»

Benoit Labonté a d’ailleurs affirmé avoir fait plusieurs déclarations mensongères la semaine dernière, notamment au sujet de ses liens avec Tony Accurso, par crainte de représailles.

Des tabous tombent
Selon Benoit Labonté, le maire Gérald Tremblay était au courant depuis son élection en 2001 que des «enveloppes brunes» circulaient à l’hôtel de Ville.

L’ancien maire de Ville-Marie et chef de Vision Montréal a entre autres dénoncé un système de ristourne qui permettait à Union Montréal de récolter un pourcentage des contrats accordés. Selon lui, le problème était particulièrement criant là où Bernard Trépanier, un ancien directeur du financement du parti du maire, oeuvrait. L’argent obtenu, souvent en comptant, se retrouvait ensuite dans les coffres du parti.

M. Labonté a indiqué avoir un jour abordé la question avec Gérald Tremblay. «Il a blanchi physiquement, a-t-il assuré. Il est devenu pâle, pâle. Je n’ai pas eu l’impression qu’il devenait pâle parce que je lui apprenais quelque chose. J’ai nettement l’impression que c’est parce que je venais de découvrir quelque chose. Alors, il s’est calé dans son fauteuil. Il m’a regardé de façon et m’a dit : "Tu sais Benoit, en politique municipale, c’est juste de ça."»

Dans une entrevue accordée au Devoir et publiée aujourd’hui, Gérald Tremblay a admis l’existence d’un «système d’enveloppes brunes», mais il a soutenu avoir pris les mesures nécessaires pour y faire face. «Honnêtement, j’ai tout fait pour essayer d’éclaircir la situation en mettant en place des clauses anti-corruption et anticollusion dans les contrats, a-t-il rappelé. (…) Il y a une limite à ce que je peux faire, moi. Je ne suis pas un policier!»

Vision n’est pas en reste
Vision Montréal, dont la direction a été cédée par Benoit Labonté à Louise Harel au mois de juin, n’a pas été épargné par les révélations de son ancien chef qui a affirmé qu’un système de prête-noms contribuait à financer le parti. «Il y a de l’argent cash qui se ramasse et qui est donné aux prête-noms, a-t-il dit. Ces personnes font ensuite un chèque personnel.»

Louise Harel n’a pas souhaité commenter les révélations de son ancien bras droit, aujourd’hui, se contentant de réclamer à nouveau une commission d’enquête publique sur les liens qu’entretiendrait le monde de la construction avec l’Hôtel de Ville. Elle devrait réagir demain.

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