Yves Provencher/Métro Lilian Madrid Villanueva, la mère de Fredy Villanueva

L’avocat de la famille du jeune Fredy Villanueva, Peter Georges-Louis, accueille favorablement, quoiqu’avec certains «bémols», le rapport d’enquête publique du Bureau du coroner sur les causes et circonstances de l’évènement, dévoilé mardi.

Il affirme que les recommandations émises dans ce rapport constituent «une critique sévère envers la police, le SPVM, et la formation donnée aux policiers».

L’avocat rappelle qu’avec le rapport du coroner, il est possible de constater que «la crainte du policier [Jean-Loup] Lapointe d’être désarmé est injustifiée. Toutes les balles tirées dans ces circonstances, avec un citoyen qui n’est pas une menace, étaient donc inutiles.»

L’avocat a tenu à saluer les propos du coroner André Perrault au sujet de l’enquête tenue par la Sureté du Québec sur le travail du SPVM suite à l’événement. «Il faut mettre un terme aux enquêtes de la police sur la police. Nous déplorons cette inquiétude qui persiste au Québec depuis plusieurs années entre les policiers et les témoins civils». M. Georges-Louis a notamment rappelé une irrégularité soulevée par le coroner, à savoir que les policiers impliqués n’ont pas été isolés l’un de l’autre lors de leur témoignage, mais les témoins civils ont été isolés sur-le-champ.

Alain Arsenault, avocat d’une des victimes atteintes par balle le soir de l’événement, affirme que les démarches ont été enclenchées en août dernier pour une pré-enquête de responsabilité criminelle envers le policier Lapointe. L’enquête au civil, qui a été interrompue en 2009, pourrait également reprendre à tout moment, depuis le dépôt du rapport du coroner.

La mère du jeune Fredy a aussi glissé quelques mots lors de la conférence de presse mardi, les larmes aux yeux. «C’est très difficile pour moi. Ça fait longtemps que j’attends cette journée. Mon fils n’est pas un voyou, il n’était pas une menace pour le policier Lapointe. Mon fils est mort pour rien. Ça ne méritait pas les balles de Lapointe», a-t-elle déclaré.

Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent, a également réagi aux recommandations du Bureau du coroner, plus tôt mardi.

M. Parent accueille favorablement ses propositions. Il assure qu’il a l’intention d’appliquer les quatre recommandations du coroner spécifiquement adressées au SPVM en plus de rester sensible aux autres.

Le Bureau du coroner recommande notamment au SPVM de veiller à ce que les policiers appelés à intervenir à Montréal-Nord reçoivent une formation relative à l’intervention auprès de personnes issues de minorités ethnoculturelles et à leur perception de la police.

«À partir des leçons tirées, on va guider nos actions. S’il y a d’autres choses à faire, nous sommes une organisation apprenante», a-t-il lancé.

Le directeur mentionne également que beaucoup d’apprentissages ont été faits depuis les événements de 2008. Notamment, les policiers sont rencontrés dans un délai de 48h après un crime majeur, et il se dit plus sensible à l’isolement des policiers et des témoins lors de leurs déclarations. Aussi, 4000 policiers ont reçu une formation abordant le profilage racial et les stéréotypes depuis les événements, a mentionné M. Parent.

Quant à la remarque du coroner au sujet que l’arme utilisée par le policier Lapointe a la capacité de tirer trop de balles dès la première seconde, M. Parent affirme que «c’est un élément qu’on va regarder».

La Ville de Montréal fait le point sur ses responsabilités

Le maire de Montréal Denis Coderre, qui a rencontré le directeur du SPVM Marc Parent mardi, a fait le point sur les leçons apprises suite à la tragédie.

«Sur une base technique, le rapport demande d’assurer une meilleure communication entre les policiers sur le terrain. Nous avons passé un contrat en ce sens il y a deux semaines au comité exécutif pour leur donner des moyens de communication supplémentaires», a souligné le maire.

Mais le point principal, selon le maire, reste la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, telle que le propose le coroner dans son rapport.

«On a des choses à faire en terme d’initiatives à l’emploi, en terme de logement social et de mixité sociale, afin que de moins en moins de personnes se sentent de seconde classe sociale», assure M. Coderre, qui réitère également sont entière confiance au SPVM.

Le maire de Montréal-Nord a tenu à souligner les changements réalisés dans sa ville suite au décès de Fredy Villanueva. Sa ville a notamment mis sur pieds la Table de concertation Montréal-Nord en santé, et rénové plusieurs infrastructures, notamment des parcs, afin d’offrir aux jeunes du quartier un environnement «propice au développement de l’estime de soi», mentionne Denis Coderre.

Projet Montréal qui, sans lancer de blâme, a tenu à commenter la réaction du SPVM suite à la publication du rapport du coroner. Selon le parti, leur position porte davantage sur des détails techniques du rapport, alors qu’ils auraient l’occasion de faire un examen de conscience et élargir leur étude, notamment sur l’enquête réalisée par la Sûreté du Québec.

Un rapport sans impact

«Au final, on donne énormément d’importance à un rapport qui ne mènera nulle part», regrette Stéphane Berthomet, spécialiste en affaires policières et auteur du livre Enquête sur la police. Il souligne que, dans ce rapport, aucune recommandation ne mène à des obligations d’actions ou de modifications.

L’auteur, qui est également un ancien policier français, estime que tout l’argent et l’énergie mis dans ce rapport auraient eu avantage à être plutôt utilisés pour «une bonne enquête policière réellement indépendante afin d’aller au bout de choses».

«Le travail du coroner n’est pas destiné à mettre en cause des individus, ni à porter des accusations. C’est un travail d’analyse», rappelle M. Berthomet. Il soutient que son rapport semble «dilué», passant de l’approche policière des minorités ethniques au profilage racial.

«Mais même si c’est dilué, on a quand même un rapport qui dit qu’il n’y a pas un moment où le policier Lapointe s’est retrouvé en situation de danger. La question qui restera à jamais sans réponse est donc pourquoi le policier a fait feu alors que ce n’était pas justifié», lance l’ex-policier.

M. Berthomet souligne également que, puisque le rapport assure que la mort du jeune Villanueva est causée par un ensemble de facteurs humains, «il détermine quand même qu’il n’y a personne de responsable», s’étonne-t-il. Si les jeunes ont leur responsabilité, et que la police a aussi ses torts, le rapport reste donc neutre sur de possibles accusations.

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