Collaboration spéciale Carré Saint-Laurent

QUÉBEC – Le couperet va tomber sur un des projets chers à l’ancien gouvernement péquiste en vue de revitaliser le centre-ville de Montréal: le Carré Saint-Laurent.

La Presse Canadienne a appris que Québec renonce, par souci d’économie, à s’associer à ce projet immobilier de 160 millions $, qui doit en principe être érigé très bientôt au coeur du quartier des spectacles, coin Saint-Laurent et Sainte-Catherine à Montréal.

L’annonce avait été faite par l’ex-première ministre Pauline Marois, en présence du maire de Montréal, Denis Coderre, en décembre dernier, et présentée comme un jalon majeur de la revitalisation du coeur de Montréal.

Mais depuis, le gouvernement libéral a pris le pouvoir et refait ses calculs, pour finalement juger que cette décision du gouvernement précédent équivalait à un gaspillage injustifiable de fonds publics, tant sur le plan financier qu’immobilier.

La participation de Québec à ce projet, en chantier depuis quelques années, était loin d’être négligeable. Le contrat à long terme prévoyait que le gouvernement allait louer des espaces à bureaux du Carré Saint-Laurent pour y loger 700 fonctionnaires, dont ceux du ministère des Relations internationales et du ministère des Finances.

Québec devait louer près du tiers de l’espace total (soit 14 000 mètres carrés de la superficie totale de 47 500 mètres carrés) du Carré Saint-Laurent, qui devait accueillir également des commerces au rez-de-chaussée, et qui incluait une tour de 12 étages abritant 150 condos.

Les fonctionnaires visés sont actuellement logés à quelques coins de rue de là, au Centre de commerce mondial, propriété de la Caisse de dépôt et placement, dans le Vieux-Montréal.

Le simple fait de passer du Centre de commerce mondial au Carré Saint-Laurent aurait fait bondir le coût annuel de location, qui serait passé, approximativement, de 4,9 millions $ à 7,4 millions $, pour procurer un bureau au même nombre d’employés.

En 25 ans, le coût total de location pourrait atteindre 137 millions $, soit de 2 millions $ à 2,5 millions $ de plus par année que dans l’édifice actuel.

Le déménagement massif de fonctionnaires, sans réelle justification aux yeux du gouvernement actuel, aurait donc entraîné pour les contribuables un déboursé supplémentaire variant au total entre 50 millions $ et 62,5 millions $ en pure perte en 25 ans, a-t-on calculé.

Au moment de décider de s’impliquer dans ce projet, l’automne dernier, le gouvernement péquiste connaissait ces chiffres, sachant qu’une analyse coûts-bénéfices rendait la décision difficile à justifier, selon les informations obtenues.

Et ce, sans compter les coûts de déménagement comme tel de tous ces fonctionnaires. Et sans tenir compte que l’initiative allait libérer des étages complets de locaux au Centre de commerce mondial, ainsi privé de revenus alors que le taux d’inoccupation des espaces à bureaux à Montréal est déjà élevé.

Au moment de l’annonce, l’ex-ministre péquiste responsable de Montréal, Jean-François Lisée, qui défendait le dossier au sein de l’appareil gouvernemental, avait convenu qu’il s’agissait bien là d’une «décision politique» qui trouvait sa raison d’être dans la volonté du gouvernement de modifier la trame urbaine de cette artère du «red light» de la métropole, fréquentée par les amateurs de strip-teases du cabaret Cléopâtre.

Le projet à vocation mixte est piloté par la Société de développement Angus (SDA), avec comme partenaire financier Fondaction-CSN.

Avant que le gouvernement Couillard décide d’annuler sa participation au projet, il était prévu que la construction du complexe débute cet automne, et le déménagement des fonctionnaires devait avoir lieu à compter de 2017.

Il reste à savoir ce qui adviendra du projet, après le désistement de Québec.

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