Collaboration spéciale Le valoriste Denis Cassista

Il y aurait de plus en plus de valoristes à Montréal, ces personnes qui s’adonnent à la collecte de contenants consignés, selon les premières données d’un portrait présenté mercredi par la coopérative de solidarité Les Valoristes.

Denis Cassista a commencé à ramasser les contenants consignés en juillet dernier. Ne pouvant travailler en raison des effets du VIH/SIDA, il s’était retrouvé à la rue à la suite d‘une invasion de rats et de punaises dans son appartement.

«Je n’étais pas capable de mendier», a-t-il confié.

M. Cassista est l’un des 140 valoristes qui ont profité du centre dépôt temporaire de la coopérative de solidarité Les Valoristes, installée sous le pont Jacques-Cartier à l’ange des rues Maisonneuve et De Lorimier du 14 juin au 26 septembre dernier. De quatre à cinq personnes par jour étaient présentes pour récolter les contenants et les classer en plus d’octroyer les remboursements de 5 à 20 sous par contenant.

Des entrevues d’une heure avec 50 valoristes volontaires y ont aussi été menées par l’organisme dans le cadre d’un projet de recherche visant à faire le portrait de ces acteurs de l’économie informelle à Montréal.

«Ce sont des gens importants pour le succès du système de consigne, considère Pierre Batellier, président de la coopérative Les Valoristes. Sans eux, des centaines de milliers de contenants consignés se retrouveraient aux ordures chaque année. En même temps, ils contribuent à la propreté de nos rues et de nos parcs. Il serait donc temps que les décideurs s’intéressent à eux.»

Les premiers résultats de l’étude démontrent que M. Cassista correspond au profil sociodémographique type des valoristes, qui sont majoritairement des hommes d’origine canadienne et francophone de plus de 40 ans. À Montréal, il y en aurait au total plus d’un millier.

La plupart des personnes interrogées ont indiqué utiliser les revenus tirés de leur collecte, compris généralement entre 50$ et 250$ par mois, pour couvrir leurs besoins de base en complément à l’aide sociale, ayant de la difficulté à s’insérer sur le marché du travail. Aussi, 76% des répondants possédaient un logement, contre 22% qui n’en avaient pas. «C’est un filet social contre l’itinérance et la criminalité», a souligné M. Batellier.

Certains valoristes réussissent à se payer des petits extras. Ayant acquis une certaine expérience, M. Cassista est maintenant capable de récolter plusieurs centaines de dollars par mois. En octobre, il a gagné 678$ de cette manière, qui s’ajoutent au salaire d’environ 200$ par mois qu’il obtient en travaillant 20h par semaine dans un programme spéciale de l’Accueil Bonneau, qui lui offre aussi l’hébergement. Il est heureux de pouvoir s’acheter des meubles neufs et un ordinateur grâce à sa collecte.

Fait intéressant, de plus en plus d’étudiants et de travailleurs autonomes s’adonneraient à cette activité.

Par ailleurs, les sources de leurs butins sont multiples. C’est 54% des valoristes qui récupèrent principalement dans les bacs de recyclage et 38% dans les poubelles, les rues et les parcs. Presque tous reçoivent des dons de la part de citoyens, d’institutions, de commerces et d’industries.

Christopher Barrie, un autre valoriste, a par ailleurs tenu à souligner à quel point il s’agit d’un travail difficile. «Il faut souvent grimper dans les poubelles», a-t-il dit.

Vers un centre permanent
La coopérative Les Valoristes trace un bilan positif du projet-pilote de centre de dépôt, qui avait pour objectif de faciliter la vie aux valoristes. Environ 310 000 contenants de verre, de métal et de plastique ont été récoltés et 25 000$ ont été remboursés à 240 visiteurs.

Contrairement aux commerces, qui ne sont tenus de récupérer que les contenants qu’ils vendent, le dépôt avait l’avantage d’accepter tous les contenants consignés, sans limite de quantité. C’est également le seul endroit qui acceptait les contenants écrasés, qui prenaient autrement le chemin du recyclage ou de l’enfouissement.

«Il y avait aussi un côté social et amical vraiment agréable», a témoigné le valoriste Denis Cassista.

Le projet semble aussi avoir fait le bonheur des détaillants comme les épiceries. «Le projet a été bien apprécié. Ça a allégé notre travail par rapport aux contenants consignés», a commenté Daniel Bruyère, propriétaire franchisé d’une épicerie Métro située en face du métro Papineau.

Les Valoristes planchent maintenant sur un projet de dépôt permanent qu’ils espèrent mettre en place d’ici un an. Il leur reste toutefois encore à fixer leur choix d’un site pour l’accueillir au centre-ville. La coopérative doit aussi régler les questions de financement et les ententes avec les détaillants.

 

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