Paul Chiasson Adil Charkaoui. Paul Chiasson / La Presse Canadienne

MONTRÉAL – Outré qu’une école islamique ait vu ses contrats de location de locaux suspendus temporairement par deux collèges de Montréal, le président du Centre communautaire islamique de l’Est de Montréal, Adil Charkaoui, a déclaré que celle-ci se réservait le droit de les poursuivre en justice.

L’École des compagnons, affiliée au centre communautaire, louait des salles de classe et des plateaux sportifs au Collège de Maisonneuve et au Collège de Rosemont. Elle pourrait ainsi les poursuivre «pour dommages et pertes subies», a prévenu M. Charkaoui en point de presse, vendredi matin.

Pour lui, le fait que cette école enseignant le Coran et l’arabe soit ainsi ciblée «s’inscrit dans un contexte plus global, ici au Québec, de diabolisation des musulmans».

«C’est une vraie chasse aux sorcières», a déploré M. Charkaoui.

Cette suspension des baux est survenue dans la foulée des révélations faisant état que six jeunes de 18 et 19 ans se seraient envolés à la mi-janvier vers la Turquie, connue comme le point de passage vers les zones de combat en Syrie. Depuis, les autorités canadiennes auraient perdu leur trace.

Trois de ces jeunes avaient fréquenté l’automne dernier le Collège de Maisonneuve, ce qui a mené l’institution à faire des vérifications et lui a permis de découvrir que l’un d’entre eux était aussi inscrit à l’École des compagnons, l’un de ses locataires.

Pour justifier sa décision de suspension, le Collège de Maisonneuve a indiqué jeudi que le site Internet de l’École des Compagnons avait mis en ligne une vidéo faisant «la promotion de valeurs différentes des nôtres», sans toutefois fournir plus de détails. Le Collège de Rosemont a dit vouloir aussi enquêter sur l’École des compagnons — après une situation déjà vécue impliquant une autre école — et a aussi suspendu son bail dans l’intervalle.

Vendredi matin, M. Charkaoui a affirmé avoir appris dans les médias «comme tout le monde» que l’un de ces jeunes disparus aurait fréquenté l’École des Compagnons. Mais il n’a assisté qu’à deux cours, précise-t-il. Et il s’est ensuite désinscrit.

Le président du Centre communautaire islamique de l’Est de Montréal a martelé que la vidéo mise en ligne est une chanson qui demande aux musulmans d’être polis et respectueux et ne comprend pas pourquoi le Collège de Maisonneuve s’en sert pour justifier sa décision. Pas de propos haineux, ni dénigrement, soutient-il.

Questionné par des journalistes sur le site Internet de l’École, qui présenterait apparemment des liens menant à des textes sur le djihad, M. Charkaoui a dit que cela était entièrement faux. Le site n’aurait aucun texte appelant au djihad ou à la violence, dit-il. Il a même mis les gens au défi d’en trouver. Tout ce qu’il y a est un lien pour télécharger «un livre de base sur la foi musulmane», qui mène à une bibliothèque en ligne, offrant des milliers de documents, explique-t-il.

Il déplore le fait que les écoles musulmanes soient sous enquête «jour et nuit».

«Je suis sidéré par la logique tordue des porte-parole des cégeps et de certains pseudo-experts qui nous font porter le blâme, d’une façon ou d’une autre, sur la radicalisation des jeunes que l’on ne connaît pas, sauf un qui a suivi deux cours».

Selon cette logique, il faudrait aussi suspendre le Collège de Maisonneuve, où trois des disparus ont étudié, dit-il.

L’homme a eu dans le passé de nombreux démêlés avec le Service canadien du renseignement de sécurité. Il a combattu avec succès deux certificats de sécurité émis contre lui par le gouvernement canadien, qui souhaitait le renvoyer dans son pays d’origine, le Maroc. Les autorités le soupçonnaient d’être un «agent dormant» du réseau terroriste Al-Qaïda. Il est devenu citoyen canadien l’an dernier.

En colère, il a lancé une charge contre les médias. Et bien que sans le nommer, il s’en est pris au péquiste Pierre-Karl Péladeau: «Des médias apparentés à un magnat de la presse au Québec essaient d’instrumentaliser le fait identitaire de la majorité de souche pour réaliser son projet de pays en instrumentalisant une minorité».

Le gouvernement fédéral n’a pas été épargné: il questionne les agissements de la «droite canadienne» qui «instrumentalise le terrorisme et la radicalisation pour faire passer des lois liberticides». Il fait ainsi référence au projet de loi fédéral C-51 qui vise à lutter contre le terrorisme et se demande pourquoi un journaliste a été informé de la disparition des six jeunes cette semaine — lorsque le deuxième vote sur le projet a lieu à Ottawa — alors que cela fait un mois qu’ils ont quitté le pays.

À la suite des déclarations de vendredi d’Adil Charkaoui, le Collège de Maisonneuve et le Collège de Rosemont ont tous deux décidé de maintenir la suspension de leur contrat de location avec l’École des compagnons du Centre communautaire islamique de l’Est de Montréal. Les deux collèges affirment poursuivre leur enquête.

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