MONTRÉAL – C’est sans pavoiser, même s’il a gagné sa cause, que le directeur général démissionnaire du CHUM, Jacques Turgeon, est revenu au bercail mardi. Il revient en poste et sera nommé pdg du CHUM le 1er avril prochain pour un mandat de trois ans.

Au cours d’une rencontre avec la presse au Centre hospitalier de l’Université de Montréal, le docteur Turgeon a indiqué qu’il acceptait de revenir parce que les conditions qu’il avait réclamées ont été mises en place et qu’il a obtenu des engagements en ce sens de la part du premier ministre, Philippe Couillard, et du ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette.

Le docteur Turgeon tenait à ce que soit évitée toute ingérence politique dans la gestion du CHUM — ce qu’il reprochait au ministre Barrette d’avoir fait en lui imposant la nomination du docteur Patrick Harris comme chef du département de chirurgie, alors qu’un processus indépendant avait été instauré pour choisir le meilleur candidat.

Il revient parce qu’il a été rassuré tant par le ministre Barrette que par le premier ministre Couillard. «La gestion de l’établissement se fera dans le respect intégral des processus en place et avec toute la latitude et la légitimité nécessaires pour le pdg et le conseil d’administration», a conclu le docteur Turgeon.

La nomination automatique du docteur Patrick Harris n’aura donc pas lieu comme le souhaitait le ministre Barrette. Le processus habituel et selon les normes sera suivi, à savoir un comité de sélection indépendant qui choisira le meilleur candidat, a fait savoir le docteur Turgeon. Si le docteur Harris veut être nommé à ce poste, il devra soumettre sa candidature comme les autres, a-t-il précisé.

Le docteur Turgeon a aussi obtenu que soit considérée la nomination de Jean-Claude Deschênes au poste de président du nouveau conseil d’administration, à compter du 1er avril. M. Deschênes avait démissionné une journée après le docteur Turgeon et avant que d’autres membres du conseil d’administration ne leur emboitent le pas, provoquant la crise.

Et pour pallier à toute mésentente future, un mécanisme de résolution des problèmes sera mis en place et pourra être utilisé par le pdg ou le président du conseil d’administration, a relevé le docteur Turgeon.

Il a par ailleurs bien reçu la nomination d’un comité pour faciliter la coopération entre le corps médical et l’administration de l’hôpital.

D’ailleurs, le recteur de l’Université de Montréal, Guy Breton, présent aux côtés du docteur Turgeon, a dit croire que les problèmes à ce chapitre ont été exagérés par certains médias. Il a rappelé qu’«un centre hospitalier universitaire, ce n’est pas juste un gros hôpital, ça a un mandat académique» aussi, une mission d’enseignement.

Le docteur Turgeon s’est bien gardé de pavoiser, bien qu’il semble avoir gagné sur toute la ligne face au ministre Barrette. Il a martelé qu’il ne s’agissait pas d’un conflit personnel entre lui et le docteur Barrette, qu’il ne recherchait pas la victoire. «Je n’essayais pas de gagner quelque chose», a-t-il affirmé.

Il assure qu’il voulait simplement se battre pour des principes, à savoir le respect des processus mis en place et l’autonomie du conseil d’administration et de l’équipe de gestion du CHUM, sans ingérence politique ni abus de pouvoir.

À Québec, le ministre de la Santé et des Services sociaux s’est fait tout aussi magnanime. Il a publié un communiqué pour confirmer la nomination du docteur Turgeon au poste de pdg du CHUM à compter du 1er avril prochain et jusqu’au 31 mars 2018. Et dans son communiqué, il ne fait aucune allusion à la crise des derniers jours, aucune allusion aux démissions au conseil d’administration du CHUM, aucune allusion aux reproches qui lui étaient adressés par les démissionnaires.

Le ministre Barrette souligne même «l’intégrité, l’honnêteté et les qualités de gestionnaire de Jacques Turgeon», ajoutant qu’elles sont «reconnues de tous». Il lui a réitéré sa «pleine confiance» comme si rien ne s’était passé depuis une semaine.

Le ministre admet même que les nominations des chefs de départements du CHUM «relèvent de l’administration interne». Il souhaite que le docteur Turgeon «saura rassurer le corps médical, les spécialistes visés et les ressources hospitalières du CHUM sur la totale neutralité et impartialité du processus».

Techniquement parlant, le conseil d’administration du CHUM se réunira mercredi matin à 9h30 pour nommer Jacques Turgeon jusqu’au 31 mars comme directeur général. Ce n’est qu’à compter du 1er avril qu’il deviendra président-directeur général du CHUM. Le mégahôpital, en transition, prévoit toujours accueillir ses patients dans ses nouveaux locaux en novembre 2016.

Réactions

Le pdg du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet, assis aux côtés du docteur Turgeon et du recteur de l’Université de Montréal, s’est dit heureux du dénouement de cette crise pour le bien des patients. «Cet homme fait l’unanimité», a-t-il lancé, en parlant du docteur Turgeon.

Le Regroupement provincial des comités des usagers trouve aussi que «c’était la bonne décision à prendre et le ministre a eu raison de lui tendre la main».

Du côté de l’opposition officielle, le député Stéphane Bergeron en conclut que le ministre Barrette a été désavoué par le premier ministre Couillard et qu’il n’a donc d’autre choix que de quitter ses fonctions.

«Avec le retour de Jacques Turgeon à la tête du CHUM, le premier ministre confirme que son ministre a dérapé», affirme le député péquiste, porte-parole de son parti pour les questions d’éthique et d’intégrité. M. Bergeron reproche au ministre Barrette d’avoir fait preuve de «chantage et intimidation pour imposer ses vues».

Du côté de la Coalition avenir Québec, le député Éric Caire a souligné que le premier ministre Couillard avait «donné une tape sur les doigts» du ministre Barrette pour «rassurer les gens qui ont été victimes de son ingérence en les mettant sous sa protection». Mais le député Caire se demande ce qu’il adviendra «des autres organisations dans le domaine de la santé qui n’ont pas reçu la même garantie» de respect de leur autonomie.

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