Elle est musulmane, elle porte le voile islamique, mais sa foi en Allah n’empêche pas Hayat Aouragh de se consacrer entièrement à sa passion pour le kick-boxing.

Au moins trois fois par semaine, cette jeune trentenaire se mesure aux hommes de son club, où elle est une des rares femmes.

Au troisième étage de l’immeuble qui se dresse en face du métro Parc, Hayat, en sueur, enchaîne les coups de pied et les coups de poing dans le gymnase de l’Académie sportive. «Je préfère m’entraîner avec des hommes, dit-elle. Avec une femme, je dois retenir mes coups, alors qu’avec eux, je me défoule complètement.»

Hayat pratique le kick-boxing depuis l’âge de 16 ans. Elle s’était initiée à ce sport dans son Maroc natal, avant d’immigrer au Québec avec son mari, il y a deux ans. «Quand j’entre dans ce gymnase, je viens faire quelque chose que j’aime énormément, affirme-t-elle, je ne me soucie pas de savoir qui me regarde, je donne le meilleur de moi-même.»

Son partenaire d’entraînement, Roman Romana, en sait quelque chose. «C’est une bonne combattante, avoue-t-il, mais ce que j’aime le plus chez elle, c’est son travail acharné, elle donne tout ce qu’elle a.»

Helio Pereira, le gérant de l’Académie sportive Parc, a été étonné de voir une femme voilée s’inscrire au club de kick-boxing. «Pourtant, ni mes employés ni moi n’avons reçu la moindre demande d’accommodement, affirme-t-il. Elle s’est intégrée rapidement dans le groupe et elle a constamment l’air joyeux.»

Hayat se désole que beaucoup de personnes aient une opinion erronée des femmes musulmanes qui portent le hijab. «Qu’on me montre le verset du Coran ou une phrase des écrits du Prophète qui dicte à une femme avec qui elle devrait ou non pratiquer son sport! demande-t-elle, véhémente. Il n’y en a tout simplement pas!»

Patrice Brodeur, professeur agrégé à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, abonde dans le même sens. «C’est le regard populaire actuel qui voit en cette femme une “anomalie”, avance-t-il, car on retrouve les mohajabates [femmes qui portent le hijab] dans presque tous les sports de nos jours, quoique plus rarement dans les sports de contact.»

«Il y a beaucoup de débats au sein même des communautés musulmanes aujourd’hui. Certaines femmes veulent porter le voile d’une telle façon, d’autres d’une autre façon, et d’autres encore, pas du tout.» -Patrice Brodeur, professeur agrégé à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal

Roman Romana raconte à Hayat qu’à Vancouver, où il vivait avant de s’installer à Mont­réal, il a connu des femmes musulmanes voilées qui ne pouvaient même pas se déplacer sans être suivies de leurs maris ou de leurs frères. «Mais regarde, l’interpelle Hayat, je suis une femme musulmane voilée, pourtant je viens seule m’entraîner avec toi et les autres au moins trois fois par semaine!» Et Roman de concéder : «Oui, c’est vrai, toi, tu m’as donné une autre opinion de vous.»

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