Même si Montréal est une des métropoles les plus sûres au Canada, c’est aussi un endroit où la violence familiale est anormalement élevée, selon Statistique Canada. Dans le grand Montréal, la prévalence est de 292 cas pour 100 000 habitants, un taux 52% plus élevé que ce qu’on observe en moyenne dans les 33 métropoles du Canada. Analyse d’une apparente contradiction.

Vue de la police
Le SPVM reçoit en moyenne 18 appels par jour, soit environ 6500 appels par an, pour de la violence conjugale. «Quand on reçoit sur les ondes un code 610 VC (VC pour violence conjugale), c’est toujours une priorité 10, les cas les plus urgents», lance Carolyn Cournoyer, commandante des Enquêtes multidisciplinaires au SPVM.

Premier geste des patrouilleurs: séparer les deux parties et obtenir leurs versions respectives, car 55% des victimes de violence conjugale n’ont aucune blessure corporelle. «L’important, c’est l’écoute et la détection d’actes possibles mais non déclarés», ajoute-t-elle. Plusieurs indices sont révélateurs: des réponses comme «j’aime mieux ne pas en parler» ou «ça ne vous regarde pas», ou alors le geste d’un des protagonistes qui accepte de noter un numéro de téléphone de référence.

Selon Statistique Canada, 30% des victimes de violence conjugale font une déclaration à la police. Quand le SPVM n’obtient pas de déclaration, il passe le relais au CAVAC, le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels. Il y a un représentant du CAVAC dans chacun des quatre centres opérationnels du SPVM.

Ces derniers passent leurs journées à rappeler des victimes potentielles qui n’ont pas voulu se confier aux policiers pour les orienter vers des maisons d’hébergement, les CLSC ou la cour. «En ce moment, je gère près de 80 dossiers. Les appels peuvent parfois durer trois heures», confie Estelle Rodrigue, rencontrée au centre opérationnel de l’Est.

Si les femmes et les filles représentent 68% des victimes déclarées à la police et si elles sont la proie d’actes plus violents, la commandante Cournoyer note que «le suspect a lui aussi besoin d’aide pour briser ce cycle».

Vue d’un centre d’aide
Chez Option, un des quatre organismes montréalais qui aident les personnes ayant des comportements violents, la liste d’attente varie de deux à six mois, faute de financement adéquat. Les groupes sont encadrés par deux professionnels, un homme et une femme, ce qui permet de présenter aux participants un modèle de relation égalitaire.

«Notre travail n’est pas facile, car une bonne partie des hommes ne se voient pas entreprendre une démarche de changement, soit parce qu’ils ne reconnaissent pas leur comportement violent, soit parce qu’ils ne savent pas quoi faire pour changer. Ils viennent consulter par peur d’être quittés ou de perdre leur enfant, ou pour répondre à la demande d’un juge», explique Clément Guèvremont, directeur d’Option.

Pour les récalcitrants, Option propose un programme de huit séances d’information et de sensibilisation à la violence conjugale et familiale. Les autres sont orientés vers un programme de 21 séances hebdomadaires en groupe, avec une approche plus profonde et réflexive.

Le travail des intervenants consiste à amener les hommes à reconnaître leur violence et ses effets sur les autres, à apprendre des méthodes de résolution des conflits et à retrouver un sentiment de confiance pour se rebâtir. En tout, 60% des participants terminent les 21 séances, et la moitié d’entre eux vont même poursuivre la démarche en tant que participants patients, afin de contribuer au processus de groupe et de «contaminer» positivement les autres.

«Les facteurs qui mènent à la violence sont multiples. Ça peut être lié à des croyances machistes. Ça peut être lié à des modèles de communication hérités de l’enfance, ou à des problèmes d’attachement où la violence sert à empêcher l’autre de s’éloigner», précise M. Guèvremont.

Vue des tribunaux
À Montréal, les dossiers sont répartis entre deux cours de justice, la Cour municipale et la Cour du Québec, située au palais de justice. «Au palais de justice, nos 11 procureurs spécialisés en violence conjugale ont porté des accusations dans 3 209 nouveaux dossiers l’année dernière. Il y en a eu un peu moins en Cour municipale. Mais ça ne veut pas dire qu’il y a 3209 nouvelles victimes, car une même situation peut générer plusieurs dossiers», dit Me Anne Aubé, procureure en chef adjointe au bureau de Montréal.

Une équipe de 12 intervenantes sociales a aussi ses bureaux dans les deux tribunaux. Regroupées au sein du service Côté cour, qui dépend du ministère de la Santé, elles sont chargées d’évaluer les besoins des victimes et de les orienter vers les ressources appropriées, mais aussi d’évaluer le risque de récidive et d’aggravation de la violence.

«En 2014, pour le tiers des victimes qu’on a rencontrées, ce n’était pas la première fois que la police intervenait, ce qui donne une idée du taux de récidive», précise Nathalie Matteau, spécialiste en activités cliniques.

Selon les statistiques colligées par l’équipe de Mme Matteau, la violence conjugale touche tous les milieux. Toutefois, les personnes défavorisées sont surreprésentées dans les dossiers judiciaires. Parmi les nombreuses raisons qui expliquent cette surreprésentation, on note le fait que les personnes plus fortunées vivent plus loin de leurs voisins et sont donc moins susceptibles d’être dénoncées à la police.

Quant au taux de violence conjugale plus élevé à Montréal, Mme Matteau croit qu’il est dû au fait que le SPVM est bien sensibilisé à la question et très proactif dans l’application de la Politique d’intervention en matière de violence conjugale.

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