Chantal Levesque/Métro Plusieurs dirigeantes de maisons d'hébergement pour femmes itinérantes ont discuté, lundi, à la veille de la Journée internationale des femmes.

Des maisons d’hébergement qui viennent en aide aux femmes itinérantes peinent à s’acquitter de leur tâche. Devant la demande qui est en croissance constante et le financement qui stagne ou qui diminue, elles lancent un cri d’alarme.

«La situation est actuellement désastreuse. Ce sont des femmes de tous les âges qui souffrent», a affirmé lundi la directrice clinique de la Rue des femmes, Suzanne Bourret, lors d’une rencontre avec d’autres dirigeantes de maisons d’hébergement initiée par Québec solidaire, à la veille de la Journée internationale des femmes.

Dans la métropole, il y a plus de 500 femmes qui n’ont pas de domicile fixe. Il est difficile d’avancer une évaluation plus exacte puisque plusieurs d’entre elles cachent leur situation.

«Pour ces femmes, c’est une honte d’être itinérante, a raconté l’intervenante de la Maison Marguerite, Mireille Roy. [Elles tentent de sauver les apparences.] Elles vont à la piscine pour se laver. Elles traînent une valise ou un sac. Personne ne va penser qu’elles sont itinérantes.»

Plusieurs de ces femmes vont d’une maison d’hébergement à l’autre, sans jamais avoir de domicile fixe. Ce qui fait que les organismes reçoivent plusieurs milliers de demandes d’hébergement par année. La Maison Marguerite a dû en refusé 10 000 en 2015, soit 2000 de plus que l’année précédente.

«À tous les jours, on place les femmes itinérantes qui nous téléphonent, a mentionné la directrice générale de Chez Doris, Marina Boulos. Elles téléphonent à tous les refuges où il faut réserver une place. Si elles ne téléphonent pas à l’intérieur de cinq minutes, elles n’auront pas de place.»

«[Chez Doris], nous avons seulement six lits de repos pendant le jours et ce sont des lits qui sont occupés par des femmes qui vont au McDonald’s et au Tim Horton, pendant toute la nuit et qui dorment pendant le jour», a ajouté Mme Boulos.

Avec un chèque d’aide sociale de 623$ par mois, ces femmes itinérantes peuvent difficilement trouver un logement et se nourrir convenablement, en plus de composer, dans certains cas, avec des problèmes de santé mentale. «C’est rire du monde!» fulmine l’adjointe à la direction du Chaînon, Dominique Blouin. Plusieurs d’entre elles attendent d’avoir 65 ans et de recevoir leur chèque de pension de vieillesse pour s’établir de façon stable, rapporte pour sa part la directrice général de l’Auberge Madeleine, Micheline Cyr. En attendant, elles vivent où elles le peuvent, parfois dans la rue, où elles risquent d’être agressées, violentées et droguées.

Les maisons d’hébergement qui accueillent ces femmes peinent à boucler leur budget, ce qui fait qu’elles n’ont d’autres choix que de couper du personnel. «On est obligé, a fait savoir la présidente du conseil d’administration de la Maison Marguerite, Nathalie Fortier. Alors, il y a une surcharge de travail pour les [travailleuses qui restent] et qui ne sont pas loin de la détresse. C’est malsain pour ces femmes qui aident les femmes itinérantes.»

Bien des fondations sont prêtes à aider financièrement ces maison d’hébergement, mais celles-ci doivent développer des projets, ce qui fait que l’argent offert ne l’est que sur une courte période, a déploré la directrice générale du Passage, Geneviève Hétu. «Je veux juste le financement nécessaire pour avoir deux intervenantes sur le plancher 24 heures sur le 24», a-t-elle dit pour expliquer que ses besoins en argent concernent davantage ses opérations quotidiennes.

La députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques, Manon Massé, attribue la situation que vivent les maisons d’hébergement qui accueillent des femmes itinérantes aux décisions que prennent les gouvernements. «L’État est producteur de pauvreté parce qu’il fait des choix politiques et économiques qui appauvrissent la population, se désespère-t-elle. Et les femmes sont en partant plus pauvres que les hommes.»

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