Si plusieurs films sont tournés à Montréal, de plus en plus bénéficient aussi de l’expertise de la métropole en matière d’artifice. Invité à EffectsMTL, la grand-messe montréalaise de l’industrie des effets visuels de l’animation présentée dans le cadre du Printemps numérique, Métro a pu constater l’expansion «explosive» de cette industrie au Québec.

Sur le plancher d’exposition d’Effects MTL, qui a lieu mercredi et jeudi au Palais des congrès, une trentaine d’entreprises vantent leurs accomplissements depuis leurs kiosques. La plupart d’entre elles sont sur place pour recruter ou pour dénicher de nouveaux talents, et les listes de postes à combler sur leurs affiches sont longues.

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Lors d’une conférence, un panéliste lance à moitié à la blague qu’il ne nommera pas les artistes de sa compagnie qui ont travaillé sur une séquence d’effets visuels, de peur que ses compétiteurs viennent faire du maraudage.

Une chose est claire, l’industrie des effets visuels peine à combler ses besoins de mains d’œuvre à Montréal, un «beau problème» qui ne s’améliorera vraisemblablement pas dans les années à venir, selon la directrice d’Effects MTL, Marine Lelièvre.

Un besoin criant

«C’est une industrie en effervescence. D’ici 2020, les besoins de main d’œuvre de l’industrie vont augmenter de 80%, affirme-t-elle. Je pense qu’il n’y a pas assez de finissants dans les écoles pour fournir.»

Selon elle, 2500 personnes oeuvrent actuellement dans le milieu au Québec. Dans les années à venir, ce nombre devra facilement doubler, surtout avec l’arrivée imminente d’entreprises d’animation 2D japonaises, qui veulent s’installer à Montréal.

Pour Mme Lelièvre, il faut faciliter l’arrivée de travailleurs étrangers qualifiés, mais aussi augmenter le nombre de diplômés d’ici. «Il y en a qui trouvent un emploi, et il n’ont même pas encore terminé leur diplôme. C’est un peu fou», témoigne-t-elle.

Des écoles qui ne fournissent pas

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La filiale montréalais de l’entreprise britannique Cinesite a travaillé sur le film oscarisé The Revenant.

C’est un constat que partage Chloë Grysole, présidente de la filière montréalaise de l’entreprise britannique Cinesite. Le studio montréalais a entre autres travaillé sur The Revenant et sur le prochain film de la série Independance Day, qui doit paraître cet été.

Implanté à Montréal depuis deux ans, Cinesite compte 250 employés dans la métropole. Selon elle, l’entreprise devra embaucher au moins 550 personnes dans les années à venir, et les écoles québécoises en effets visuels, dont le cégep du Vieux-Montréal, le centre NAD et le collège Dawson, quoique excellentes, ne fournissent pas.

«[Les effets visuels font] partie de notre ADN depuis longtemps. Il y a beaucoup de Québécois dans cette industrie qui se sont démarqués dans le monde.» -Chloë Grysole, présidente de la filière montréalaise de Cinesite

«Si on prend l’exemple du cégep du Vieux-Montréal, c’est génial, il y a des super artistes qui en sortent. On en a engagé plusieurs de cette école-là, ça va super bien. Mais même si on engage 25% de leur cohorte, on parle de 7 personnes par année. Nous, on a besoin d’en engager 15 par mois», explique-t-elle.

Un marché qui se développe

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L’entreprise québécoise RodeoFX a notamment créé des effets visuels pour la télésérie Game of Thrones.

Laurent Spillemaecker est directeur de l’intégration numérique chez RodeoFx, une entreprise québécoise d’effets visuels qui fêtera ses 10 ans en octobre. Elle a récemment reçu des accolades de l’industrie pour son travail sur l’émission Game of Thrones et sur le film Birdman.

L’entreprise voit d’un bon œil l’implantation de ses compétiteurs à Montréal. Selon M. Spillemaecker, la présence de plusieurs entreprises en effets visuels attire les gros contrats à Montréal, puisque les films nécessitent souvent tellement de travail qu’on ne peut pas confier le projet au complet à une seule entreprise.

«Il se crée des nouvelles écoles et des nouveaux programmes [en effets visuels au Québec], mais ils ne fournissent plus à la demande parce que celle-ci explose.» -Laurent Spillemaecker, directeur de l’intégration numérique chez RodeoFx

En séparant le travail parmi plusieurs entreprises québécoises, les superproductions s’assurent de dépenser plus de 80% de leur budget d’effets visuels au Québec, et ainsi de bénéficier du généreux retour d’impôts de 40% offert par les gouvernement provincial.

«La compétition, c’est une bonne chose, parce que ça crée un engouement. Il y a un buzz autour de faire affaires à Montréal, juge-t-il. En revanche, ça crée une pression sur le recrutement.»

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