Capture d’écran 2016-06-09 à 9.25.30 PMFlâner le long du boulevard Saint-Laurent, c’est faire un petit tour du monde, car c’est au fil de cette épine dorsale de Montréal que des gens venus des cinq continents se sont enracinés, tissant peu à peu la riche mosaïque culturelle de la métropole. Cet été, les différentes communautés de la ville convient celle-ci à venir célébrer avec elles leur culture. Métro a décidé de fêter l’héritage qu’elles ont laissé à Montréal, en commençant par la communauté portugaise, qui célèbre dès samedi sa culture avec le Festival Portugal international.

Le Portugal a accompagné les balbutiements de la Nouvelle-France. Dès 1604, Samuel de Champlain, fondateur de ce qui allait devenir la capitale nationale, naviguait vers le Nouveau Monde en compagnie de Mateus da Costa, un énigmatique interprète à la peau noire dont le nom évoque les origines portugaises. Da Costa connaissait le portugais, le français, le néerlandais et le micmac, ce qui a permis à l’équipée de Champlain d’interagir avec les autochtones vivant dans la péninsule du Saint-Laurent.

Le premier courrier de Nouvelle-France – officiellement reconnu par l’intendant Raudot en 1705 – sera Pedro da Silva, dit le Portugais. Une plaque commémorative le célèbre depuis 1938 sur l’édifice des Postes, situé sur la rue Saint-Jacques à Montréal, et un timbre a même été émis en son honneur en 2003.

Cette présence portuguaise datant des origines de la colonie française demeure somme toute épisodique. Le début de la véritable vague migratoire portugaise au Canada débute le 13 mai 1953, alors que le navire Saturnia et le contingent d’hommes qu’il transporte abordent sur les côtes canadiennes.

Ces hommes fuient la dictature brutale de Salazar et «un pays, qui, à l’époque, est un des plus sous-développés du monde occidental», explique l’historien Miguel Simão Andrade. Employés dans la manutention, ils triment dur pour s’établir au Québec. Ceux qui arrivent à Montréal s’enracinent autour du boulevard Saint-Laurent, entre la rue Sherbrooke et le boulevard Saint-Joseph, dans ce qui était alors un Plateau pauvre et ouvrier, décor des chroniques populaires de Michel Tremblay. À force de labeur, ils acquièrent suffisamment d’épargnes pour devenir propriétaires d’un endroit qu’ils peuvent appeler leur «chez-soi» dans le Nouveau Monde.

«Toute notre histoire est marquée par des départs, des adieux, des déchirures.» –Miguel Simão Andrade, historien, rappelant les grandes aventures maritimes menées au fil de l’histoire par le Portugal, un petit pays qui a réussi à créer un empire étendu sur les cinq continents

La contribution de la collectivité portugaise à la revitalisation du Plateau a d’ailleurs été reconnue par l’Ordre des architectes de Montréal en 1975, elle qui accorda son prix annuel à la communauté, rappelle M. Andrade.

OLYMPUS DIGITAL CAMERALa deuxième vague d’immigration portugaise, venue s’installer à Montréal dans les années 1960-1970, est majoritairement composée de femmes et d’enfants venus rejoindre leur époux ou leur père en Amérique. Les femmes, souvent reléguées dans les coulisses de l’histoire, ont joué un rôle majeur dans l’implantation de la communauté portugaise à Montréal, souligne M. Andrade. «Elles cumulaient souvent les tâches, travaillant dans les usines de textile le jour, œuvrant aux travaux ménagers le soir. Elles ont permis à la cellule familiale de demeurer unie, mais cela n’a pas été exempt de souffrances ni de renoncements. Ce sacrifice, elles l’ont fait pour leurs enfants.»

À la croisée des chemins

Aujourd’hui que la troisième génération de Luso-Québécois est bien enracinée à Montréal, la culture de la communauté s’effrite. Un constat partagé autant par M. Andrade que par Joe Puga, fondateur du Festival Portugal international dont la troisième édition débute aujourd’hui. «Je veux surtout, surtout que les jeunes s’unissent autour de la fête pour y trouver une source de fierté, explique M. Puga. Nous voulons unir le peuple et fêter les cultures de Montréal, qui font de la ville un endroit extraordinaire.»

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