Chantal Lévesque/Métro Edward Snowden en vidéoconférence à l'Université McGill, mercredi soir

Le lanceur d’alerte Edward Snowden a décrié la surveillance de journalistes par des services policiers québécois lors d’une conférence de presse par webdiffusion à l’université McGill, mercredi soir.

Il a consacré une bonne partie de son allocution aux révélations de cette semaine suivant lesquelles le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et la Sûreté du Québec (SQ) avaient répertorié les appels entrants et sortants d’au moins sept journalistes depuis 2013 dans le but de connaître leurs sources.

«C’est une attaque radicale contre la liberté de la presse, a lancé depuis son lieu d’exil en Russie l’ancien sous-contractant des services de renseignements américains. C’est une menace au modèle traditionnel de notre démocratie», a-t-il ajouté.

«C’est non seulement imprudent, mais aussi antidémocratique et autoritaire.» – Edward Snowden, lanceur d’alerte, à propos de la surveillance de journalistes

M. Snowden est celui qui avait permis au quotidien britannique The Guardian de révéler, en 2013, l’existence d’un vaste stratagème mondial d’espionnage de la NSA américaine. Il a dû fuir son pays pour éviter d’être accusé de trahison. «Nous ne savons toujours pas sur quelles bases légales cette surveillance a été menée, a affirmé M. Snowden. C’est un danger fondamental pour la stabilité de toute société libérale.»

Selon le lanceur d’alerte, des mécanismes doivent être mis en place pour tenir les services de renseignement et les services policiers responsables de leurs actes lorsqu’ils ont recours à des technologies de surveillance comme celles qui ont été déployées contre des journalistes. Un comité qui aurait l’autorité de passer en revue les incidences de surveillance doit être créé, et celui-ci doit avoir le pouvoir de porter des accusations en cas d’abus.

«Comment pouvons-nous croire que les services de renseignement respecteront les lois? Nous ne pouvons pas. Mais nous pouvons mettre en place des processus grâce auxquels nous n’aurons pas besoin de leur faire confiance, a suggéré M. Snowden. La seule chose qui assurera que ces agences jouent selon les règles est la menace de sanctions criminelles.»

Des services policiers non redevables

Pour rétablir la confiance du public envers les services policiers et pour démontrer que les pouvoirs publics sont redevables, le directeur du SPVM, Philippe Pichet, aurait dû démissionner à la lumière des révélations de cette semaine, a déclaré Edward Snowden.

«Nous ne voyons pas le maire [de Montréal, Denis Coderre] réclamer cela, nous ne voyons pas le premier ministre [du Québec, Philippe Couillard] le réclamer non plus», s’est-t-il désolé.

Même si les services policiers n’ont pas directement épié le contenu des appels et des messages textes des journalistes, ils ont colligé leurs métadonnées, soit les personnes visées par ces communications et le moment précis où elles ont eu lieu. Cela revient à les traquer physiquement, comme le faisaient anciennement les détectives privés, illustre M. Snowden.

«Pour la première fois de l’histoire de l’humanité, il est technologiquement et financièrement possible pour un gouvernement de traquer nos vies entières. Ce n’est pas de la science-fiction. Ça se passe en ce moment.» – Edward Snowden, lanceur d’alerte

«Jadis, la surveillance d’un individu était extrêmement coûteuse. Il fallait un groupe d’agents pour traquer une seule personne, a-t-il expliqué. Maintenant, un seul agent peut traquer avec une précision inouïe un vaste groupe de personnes.»

Le lanceur d’alerte a rappelé que les services de renseignement du monde entier recueillent et emmagasinent ces mêmes données pour l’ensemble de leurs populations. Selon lui, le Canada est le cancre du monde occidental en matière de supervision des services de renseignement.

«Les gouvernements n’ont pas demandé la permission du public pour mener à bien ce type d’opération. Ils l’ont fait en secret, déplore M. Snowden. Des failles dans nos mécanismes de protection juridiques ont permis l’émergence de ces programmes illégaux et inconstitutionnels.»

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