Est-ce que les personnes sourdes peuvent se qualifier pour être chauffeurs de taxis ou chauffeurs Uber au Québec?

Les personnes sourdes ne peuvent actuellement pas se procurer le permis de classe 4C, exigé aux chauffeurs de taxi et dans le cadre du projet pilote d’Uber au Québec, comme que l’avait rapporté Métro il y a quelques semaines. Un test médical analysant leur audition pour l’obtention de ce permis les disqualifie. La Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) indique que les chauffeurs doivent pouvoir assurer une communication rapide et être en mesure d’entendre un murmure si une urgence survient. Métro s’est donc demandé si les personnes sourdes peuvent contacter les services d’urgence et gérer une situation de détresse.

Métro a rencontré trois chauffeurs Uber qui ne peuvent plus conduire sur l’application en raison de leur surdité. Avant le projet pilote, Uber n’exigeait d’eux que le permis de classe 5, que la plupart des particuliers possèdent – incluant les personnes sourdes. Pour eux, l’obligation d’obtenir le permis 4C n’est pas réaliste, et ils font valoir que les sourds possèdent aujourd’hui plusieurs moyens pour gérer une situation d’urgence.

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Benoît Landry

«La technologie permet d’assurer une accessibilité aux sourds dans n’importe quel domaine, en particulier pour les chauffeurs de taxi, fait remarquer Benoît Landry, l’un des cinquante chauffeurs sourds qui conduisaient sur la plateforme Uber jusqu’à l’entrée en vigueur du projet pilote. [Le gouvernement a] établi ces critères il y a plusieurs années, lorsque la technologie ne faisait pas partie de nos vies.»

Pour illustrer ces propos, son collègue Louis Desbiens, également chauffeur sourd, ouvre son téléphone portable dans le local du Centre de la communauté sourde du Montréal métropolitain (CCSMM) où Métro les a rencontré. Depuis près d’un an, les personnes sourdes ont accès à un service, qui leur permet de communiquer avec le 9-1-1 via message texte 24 heures sur 24 et qui est offert par les principales compagnies de téléphonie mobile.

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Louis Desbiens

«On s’inscrit au service, et lorsqu’on appelle le 9-1-1, s’ils n’entendent rien au bout du fil, il y a une centrale qui nous recontacte par texto. On peut demander un policier, un pompier, un ambulancier…», explique M.Desbiens.

Le chauffeur l’a testé devant Métro et a pu engager une conversation par texto avec les services d’urgence (voir photo). Un délai a par contre pu être constaté car, pour le bien de la rencontre, l’interprète poursuivait la discussion dans la salle où nous étions.

Un service de «relais vidéo», qui est offert depuis début septembre, permet également aux sourds de contacter le 9-1-1 par vidéo, et un interprète fait directement la traduction. Le service est actuellement offert de 9h à 21h, mais pourrait être offert sur une plus longue période si le besoin se fait sentir, indique les chauffeurs. «Je l’ai déjà utilisé à 5 reprises, poursuit Benoît Landry. Il y avait quelqu’un d’ensanglanté dans la rue, il était tout seul. J’ai composé le 9-1-1 et l’ambulance est venu, donc ça fonctionne très bien.»

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Communication par texto avec le 9-1-1

Les chauffeurs souhaitent que la SAAQ considère ces nouvelles options qui leur sont offertes et engage une conversation avec eux pour évaluer les possibilités et voir s’ils peuvent se qualifier pour le permis 4C. «Ils ont pris une décision et la maintiennent sans nous consulter pour considérer qu’est-ce qui peut se faire, regrette Gilles Read, directeur du CCSMM. On vit tous les jours avec la surdité, donc on connaît les services d’accessibilité, on trouve des solutions à nos problèmes quotidiens.»

Tous font valoir que les personnes sourdes ont développé non seulement une plus grande faculté visuelle les aidant à détecter les dangers sur la route, mais également à comprendre les expressions des gens par les gestes. «On voit quand la personne ne va pas bien. On appelle le 9-1-1 tout de suite. On a toujours passé notre vie à s’adapter. C’est comme si la SAAQ pense qu’on ne pourra pas se débrouiller et qu’on va juste être un observateur sans rien faire», explique Patrick Lazure, lui aussi chauffeur Uber jusqu’à l’entrée en vigueur du projet pilote.

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Patrick Lazure

Les chauffeurs indiquent que les clients peuvent toujours communiquer avec eux avec un papier et un crayon qu’ils mettent à leur disposition ou via leur téléphone mobile. Les chauffeurs peuvent lire leur message à un feu rouge ou en se stationnant.

«Ce sera bientôt fini la répartition radio. L’arrivée des applications comme Uber, Téo ou Taxi Diamond permet aux chauffeurs sourds de continuer de travailler. Il est temps de travailler à des pistes de solutions», conclu Benoît Landry.

Règlements dans d’autres villes canadiennes

Les chauffeurs de taxi et d’Uber sourds peuvent travailler légalement à Toronto et Ottawa.

À Toronto, la règlementation municipale spécifie seulement que le chauffeur doit parler anglais, mais la communication en anglais par message texte est permise. Le service de police de la Ville de Toronto confirme que les personnes sourdes peuvent contacter le 9-1-1 via les appareils électroniques pour personnes sourdes.

À Ottawa, il n’y a rien dans la règlementation qui empêche les personnes sourdes d’être chauffeur de taxi. Les compagnies de taxis peuvent toutefois imposer leurs propres exigences envers les chauffeurs. Les chauffeurs sourds peuvent avoir accès à un véhicule spécialisé équipé d’un bouton d’urgence, bien que ce ne soit pas obligatoire.

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