Marco Garcia / The Associated Press Edward Snowden

Trois avocats montréalais pressent le gouvernement Trudeau d’accorder le statut de réfugiés aux familles qui avaient protégé Edward Snowden à Hong Kong en 2013 et qui seraient «en grand danger».

«C’est vraiment une question de vie ou de mort», clame Marc-André Séguin, joint dimanche à Hong Kong par Métro.

Marc-André Séguin (Exeo)

Co-fondateur de l’organisme For the refugees, l’avocat montréalais spécialisé en immigration d’affaires a rejoint l’archipel asiatique début mars, en compagnie de ses deux collègues québécois. Son objectif: faire accélérer un dossier envoyé le 26 janvier dernier au ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen, et surtout, «protéger ces familles».

Celles-ci vivraient une «situation intenable» depuis la sortie, en septembre 2016, de Snowden, ce film d’Oliver Stone retraçant le parcours de cet ex-consultant de la NSA, l’agence de sécurité américaine, qui s’apprêtait à révéler l’espionnage massif organisé par les Etats-Unis, mettant en lumière leurs actions.

Durant le séjour d’Edward Snowden à Hong Kong au printemps 2013, ces demandeurs d’asile, qui avaient fui le Sri Lanka et les Philippines, victimes de persécution et de tortures selon Me Séguin, ont notamment caché le lanceur d’alerte. «Mais ils n’ont violé aucune loi, précise le juriste. Ils ont simplement offert un lit à un Américain qui avait légalement le droit de se trouver à Hong Kong et ils ne regrettent absolument pas leur geste. Ce sont des bons samaritains.»

«Le Canada a décidé de prendre une position mondiale de leadership dans la protection des réfugiés. Si ce n’est pas le Canada, qui d’autre pourrait les aider?» – Marc-André Séguin, avocat de ces familles

«Un besoin urgent»
Sept personnes sont concernées par cette demande: un couple avec deux enfants mineurs nés apatrides, une mère monoparentale et sa fille, mineure également, ainsi qu’un homme célibataire.

Si Me Séguin ne souhaite pas s’avancer sur les raisons précises de leur départ des Philippines et du Sri Lanka, ces familles auraient été persécutées, agressés sexuellement, séquestrés ou torturés, avant de s’enfuir à Hong Kong. Toujours dans l’attente d’une protection officielle de cette Région administrative spéciale de la République populaire de Chine depuis plus d’une dizaine d’années, elles vivraient désormais dans l’angoisse de représailles.

«Le statut de demandeur d’asile les empêche de travailler et leurs ressources ne comblent pas les besoins en matière de logement et de nutrition. Le gouvernement a même fait du chantage en coupant leurs aides pour qu’ils expliquent leur rôle dans cette saga et ils ont refusé», révèle l’avocat, qui évoque désormais un «besoin urgent».

Selon «plusieurs témoignages crédibles», des enquêteurs sri-lankais traqueraient ces familles dans les rues de l’archipel. «On est obligé de les cacher, indique Me Séguin, qui craint également une expulsion décrétée par Hong Kong. C’est très inquiétant. S’ils retournent dans leur pays, on parle d’emprisonnement, de torture et de mort. Ici, ces familles n’ont aucun avenir. Il est plus que jamais temps d’agir.»

«Pas une question politique»
Mais comment ces trois avocats montréalais se sont-ils retrouvés à Hong Kong, pressant le gouvernement Trudeau d’agir? «Pour être franc, je n’avais pas connaissance de ces familles avant le film», indique le juriste, qui a été approché par Robert Tibbo, avocat canadien originaire également de Montréal et basé à Hong Kong depuis une vingtaine d’années, qui a organisé la fuite d’Edward Snowden. Ce dernier a depuis obtenu l’asile de Moscou.

«Il fallait trouver une façon de leur venir en aide. Au début, on a voulu sensibiliser le gouvernement canadien, mais maintenant, il y a urgence», confie Marc-André Séguin, cofondateur du cabinet montréalais Exeo, précisant «des échanges» avec l’administration.

«Ce n’est pas une question politique vis-à-vis des États-Unis (Edward Snowden est toujours visé par un mandat d’arrêt), ces gens répondent aux critères, assure-t-il. Il faut maintenant une réponse exceptionnelle à une situation exceptionnelle et le ministre a le pouvoir discrétionnaire d’agir extrêmement rapidement».

Marc-André Séguin compte rester encore une semaine à Hong Kong, avant de revenir à Montréal.

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