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QUÉBEC — La consultation en cours sur le racisme systémique soulève une nouvelle controverse, alors que le gouvernement Couillard cherche toujours le moyen de la remettre sur les rails.

Un organisme de défense des droits des femmes en est venu à la conclusion que Québec devait carrément retirer à la Commission des droits de la personne le mandat de mener à bien cette consultation qui porte sur la discrimination systémique et le racisme.

Depuis que le gouvernement lui a confié cette tâche, toutes les ressources de la Commission sont monopolisées par la consultation, si bien qu’elle ne peut plus remplir son mandat adéquatement, déplore le groupe Action travail des femmes (ATF), qui juge la situation intenable.

La capacité de la Commission des droits de la personne de gérer les plaintes reçues et les demandes d’avis dans un délai raisonnable est désormais compromise, selon la directrice de l’ATF, Katia Atif.

Elle en donne pour preuve le fait que 17 organismes, dont le sien, ont présenté conjointement, le 12 juillet, une demande d’avis visant à mieux documenter la prévalence des cas de harcèlement sexuel au travail et qu’ils n’ont même pas reçu un accusé de réception trois mois plus tard.

Les organismes à l’origine de la demande ont effectué depuis une douzaine de rappels, en vain.

Il y a présentement une «rupture de communication» entre la Commission et les groupes de défense des droits, conclut Mme Atif, en entrevue téléphonique à La Presse canadienne. C’est silence radio.

Mme Atif soutient qu’à l’interne, une employée de la Commission lui a d’ailleurs confirmé qu’il était désormais impossible de répondre aux plaintes et aux demandes dans les délais habituels, toute l’équipe de la Commission étant occupée à orchestrer la tenue de cette consultation.

La Commission «n’a pas le droit de hiérarchiser les droits», dit-elle, rappelant que l’organisme devait s’assurer de pouvoir remplir tous les mandats qui lui ont été confiés et pas seulement la consultation actuelle.

Par conséquent, «la consultation (sur le racisme) devrait être indépendante de la Commission des droits de la personne», selon Mme Atif, par souci d’efficacité et pour éviter d’être juge et partie.

Questionné à ce propos jeudi, le service des communications de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ) a nié que le traitement des dossiers ait été perturbé de quelque façon que ce soit par la tenue de la consultation sur le racisme au cours des derniers mois.

Selon la responsable, Meissoon Azzaria, des ressources supplémentaires ont été embauchées pour mener à bien l’exercice, qui a débuté ses travaux sous la supervision du ministère de l’Immigration. Le processus d’analyse des plaintes et le cheminement des dossiers peut donc suivre son cours normal, dans les délais normaux, selon elle.

L’opposition péquiste se montre inquiète. «En plus d’être contreproductive, la consultation nuit carrément au travail de la Commission. Nous espérons que cette sonnette d’alarme du groupe Action travail des femmes ouvrira les yeux du nouveau ministre. La consultation nuit déjà au Québec, alors qu’elle ne fait que commencer», déplore la porte-parole, la députée Carole Poirier.

Québec veut corriger le tir

On ignore, par ailleurs, si l’arrivée d’un nouveau ministre dans le dossier — David Heurtel a remplacé mercredi Kathleen Weil à l’Immigration — va forcer la Commission à revoir le calendrier de la consultation, qui sème la controverse depuis sa création.

Les partis d’opposition, craignant qu’elle se transforme en tribunal où les Québécois de souche se retrouveraient au banc des accusés, réclament son abolition, tandis que certains députés libéraux ont questionné publiquement sa pertinence la semaine dernière, au lendemain de la défaite cuisante de leur parti dans l’ancienne forteresse de Louis-Hébert, à l’occasion d’une élection complémentaire.

Le premier ministre Philippe Couillard avait dit alors avoir compris le message, laissant entendre qu’il allait apporter des changements, et «ramener ça dans la bonne direction».

Il n’a cependant pas dit quel genre de changements il avait à l’esprit, ni quand il allait procéder.

Chose certaine, il semble trop tard pour tout annuler, les travaux ayant déjà commencé. «Il faut le faire», a réaffirmé le premier ministre Couillard jeudi, en faisant référence à cet exercice de réflexion autour du racisme que peuvent subir certains Québécois d’origines diverses.

«Il faut nommer les enjeux», sans faire pour autant «le procès de qui que ce soit», a-t-il répété, lors d’une mêlée de presse.

Le nouveau ministre chargé du dossier, David Heurtel, a renchéri pour dire que la «conversation» à ce sujet aurait lieu.

Sans donner de précisions, il a dit avoir en tête «un plan pour faire évoluer ça», plan qui serait annoncé «très rapidement».

«Le nouveau ministre de l’Immigration a une occasion en or pour abandonner la Consultation sur la discrimination systémique et le racisme, procès des Québécois. Il doit mettre en place des mesures précises pour, notamment, améliorer la francisation et l’accès à l’emploi des nouveaux arrivants», de l’avis de la péquiste Carole Poirier.

Dans un premier temps, en octobre, la consultation est menée en régions. Réalisées par 31 organismes dans 13 régions, les consultations locales peuvent prendre différentes formes: journées de réflexion, ateliers ou témoignages.

Parallèlement, une consultation en ligne doit permettre de présenter des mémoires dans les prochaines semaines.

Un grand forum, réunissant des experts de la question, aura lieu les 4 et 5 décembre à Montréal.

Un rapport final doit être remis au gouvernement en février.

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